samedi 15 avril 2017

Confiance : zone moyenne

Il m'arrive de mettre de l'ordre dans mes répertoires photos. Avec le numérique on finit par avoir un surplus incroyable. Il faut trier et supprimer et procéder aux élagages nécessaires.

C'est alors que je retrouve des photos prises il y a plusieurs années. Pour certaines je me dis, elles n'étaient pas si mal que ça. Et même elles étaient plutôt bien. Mais je les ai laissées dans une sorte d'abandon. 
J'ai toujours aimé faire de la photo. Mais je ne peux pas dire que j'ai beaucoup confiance dans les résultats que j'obtiens. Comme s'il y avait en ce domaine une sorte d'impossibilité de la confiance. Certes, je suis loin d'avoir des talents artistiques en ce domaine, tels que je les vois chez d'autres. En même temps, j'admets que je ne suis pas nul pour un amateur, je cultive un certain sens du cadrage et de l'originalité. Il reste qu'il y a toujours en moi quelque chose du genre : « ce n’est pas suffisamment valable ».

J'ai appris la photo au Centre de rééducation où il y avait un petit Club. On faisait entièrement le traitement argentique les après-midi de loisir. (Prise de vue, développement du négatif, agrandissement, tirage, mise sous cadre, et on a même fait une série de cartes postales du Centre qu'on vendait aux parents des copains tordus… pour payer notre matériel…) C'est là que j'ai pris plaisir à regarder les choses sous un certain angle. C'est sans doute ce que j'ai le plus retenu. Une qualité de regard sur les choses, les personnes, la vie.
Mais pour ce qui est des réalisations que nous sortions du labo-photo, j'étais sans cesse insatisfait de mes travaux. Il faut dire qu'il y avait un autre du groupe qui avait un talent évident. D'ailleurs, adulte, il deviendra photographe de mode réputé et j'aurai l'occasion de voir ses photos dans des revues. Je l'évoque d'ailleurs dans mon premier livre. Malheureusement, le succès qu'il aura connu, les adeptes qu'il aura faits, n'ont pas contribué à son bonheur. Il a mis fin à ses jours. Je l'ai appris en le recherchant pour lui offrir mon livre.
Je ne peux pas dire que je le jalousais. J’enviais son talent. C'est différent. J'aurais aimé avoir ses aptitudes photographiques. il n'était pas un ennemi, plutôt une sorte de modèle inatteignable pour moi, et je l'admirais. Nous avons commencé ensemble. Lui, en fit non seulement une passion mais son métier.

Bien que j'ai appris qu'il fallait éviter les comparaisons = poison, je suis toutefois demeuré avec cette tendance à dévaloriser ce que je peux faire en photo. Ce n'est pas bien grave. Si j'ai toujours aimé faire de la photo, je ne peux pas vraiment dire que ce fut une passion dévorante. Je le vois bien chez d'autres.

Je veux surtout souligner combien on peut être marqué par la période des apprentissages,
d’une manière singulière et forte. Autant dans des aspects positifs, que dans des aspects négatifs. Je ne parle pas de l'apprentissage des connaissances théoriques, je parle de l'apprentissage lorsqu'on réalise concrètement, qu'on apprend à faire, qu'on balbutie, que l'on se trompe et que l'on recommence. Il n'y a pas que le regard des autres qui influent alors. Il y a aussi un certain regard sur soi-même, et en particulier lorsque, comme c'est mon cas, on a inculqué à l'enfant dès son plus jeune âge qu'il n’était « bon à rien ».

*


Une de mes photos retrouvée. Je serai là-bas la semaine prochaine pour quelques jours. Au bord de cette mer qui m'enchante depuis toujours et berce mon cœur en permanence.

Photo AlainX - Cliquez pour agrandir

mercredi 5 avril 2017

Débats thons

Ni pour vous, ni pour personne, je n'ai pas regardé le match de foot présidentiel sur BordelFMTV, hier soir. D'après la matinale la plus écoutée de France (donc la mienne), je n'ai pas raté grand chose, sauf la saillie de notre Poutou national contre Marine Le Pen, qui veut pas s’expliquer devant la justice. "Quand nous on est convoqué par la police, nous on a pas d'immunité ouvrière, désolé, on y va. ». Mais comme l'extrait tourne en boucle sur Internet, j'ai pu le mater en me paluchant comme il se doit.

Moi, je dois dire que Poutou, j'aime bien sa bonne tête d'ouvrier sympa comme on n'en fait plus.  Ça nous change quand même du facteur ou de Arthaud (Nathalie, pas Florence, qui hélas s'en est allée dans le grand paradis bleu des poissons…) 
Poutou il était en liquette, et pas en costard à quelques milliers de boules…
Ça nous change.

Votez Poutou !
Pour des bisous !
Nécessairement prolétariens.

Notre bon Philippe-le-travailleur, déclare clairement qu'il ne veut absolument pas être Président.  Et ça c'est quand même un signe de bonne santé mentale : absence de mégalomanie et de tendances sadomasochistes. Il se présente juste pour pouvoir l'ouvrir, et être à  rebours de son excellent livre : « un ouvrier, c'est là pour fermer sa gueule ! ».

Bon, je déconne, mais c’est pour ne pas trop sombrer.
En fait je me demande si je ne devrais pas plutôt voter pour Jean Lassalle…de soins de l'hôpital psychiatrique, dont on se demande encore comment 500 maires et autres élus ont pu signer pour lui, qui a pété des boulons depuis quelques années.
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu une interview de Jean Lassalle. Ça vaut la peine. Je vous assure que même Coluche n'aurait pas osé…

Je passerai sous silence François Asselineau, parce que je vais quand même pas faire de la pub pour un type qui est encore plus à l'extrême droite que Marine Le Pen.

Reste le bien connu quintette à cordes—pour nous pendre, mais eux et elle, on connaît par cœur leurs chansonnettes…

Fillon le parfait amour
Macron nous à la hauteur
en Hamon comme en aval
La Marine est à La Pen
Mélanchon tout
on verra bien ce qu'il en sortira…


jeudi 30 mars 2017

Paroles d'arbres

Les arbres se parlent entre eux. C'est ce que l'on raconte chez les botanistes. Ils se communiquent des informations, par les racines. Ils s'entraident et se soutiennent mutuellement. Les arbres ont des histoires d'amour.

Les arbres parlent aussi aux hommes. Enfin, ceux qui savent écouter par le regard.
Ce matin, j'en ai rencontré un dans mon quartier. Il levait ses multi-bras au ciel, dans une sorte d'appel plus ou moins désespéré, comme si le printemps naissant l'avait quelque peu abandonné à la saison précédente. Son immobilité le faisait gémir du houppier. Ses rameaux tremblotants semblaient s'écrier :
— « non mais, c'est pas dieu possible ! »
Je me suis arrêté pour compatir. 

photo AlainX

une dame passa avec son chien, sans s'arrêter, ni réagir à cet appel.
Une jeune mère de famille avec bébé en poussette, fit de même. D’ailleurs elle ne pouvait  voir l'arbre, elle avait la tête penchée et ne regardait rien d'autre que son jeune enfant à qui elle souriait, et qui semblait lui répondre par une moue, que, peut-être, elle ne comprenait pas non plus. À quand pouvait bien remonter la dernière fois où elle avait prit le temps d'un échange avec cet arbre. Probablement jamais.  Le citadin ne s'intéresse aux arbres qu'à l'occasion des vacances, en forêt. À moins que l'on se mette à la recherche de l'ombre d'un confrère de celui-ci, parce qu'il fait vraiment trop chaud, et que si ça continue le petit va nous faire une insolation.

Il ne fallait pas être grand clerc en arboriculture, pour voir que cet arbre avait déjà pas mal souffert. Il fut victime d'un certain nombre d'amputations, probablement douloureuses, dont il ne s'est jamais véritablement remis. J'en connais des amputés. Ils souffrent du membre qui n'est plus là. Est-ce que les arbres souffrent des branches qu'on leur a enlevées ? Hélas pour eux ils ont eu la mauvaise idée de se laisser planter en pleine ville, et non pas à mille milles de toute terre habitée où ils auraient pu grandir tranquillement, sans être emmerdés par les humains.

photo AlainX
Malheureusement je ne pouvais rien faire pour lui. Les plantations voisines avaient commencé à bourgeonner. Lui, rien encore. Je me suis demandé si  un arbre pouvait être jaloux du voisinage. S'il pouvait avoir cette jalousie comme la voisine d'en face, parce que sa maison est moins belle et moins grande que celle située de l'autre côté de la rue, qui très certainement appartient à un type plein aux as, comme c'est pas dieu possible.

Alors, je me suis déplacé juste à côté, là où une petite fleur venait d'éclore. J'aurais eu envie de l'offrir à l'arbre pour le faire patienter, mais j'ai pensé que je n'allais pas à mon tour faire subir une mutilation désagréable à ce joli bosquet.

J’ai repris ma route pour rentrer chez moi, un peu le nez au ciel.
Il y avait plein de traînées blanches dans le ciel bleu, laissées par les avions là-haut.
Peut-être que mon arbre aurait aimé voyager.
Peut-être que moi aussi.
Le destin en décide toujours autrement. 
Peut-être qu'il n'en fait qu'à sa tête.


lundi 27 mars 2017

Objets mémoriels

Dans les jours qui viennent, nous refaisons notre grande pièce à vivre, du sol au plafond en passant par les murs. Dès lors, nous avons vidé la pièce, tout retiré des armoires, tiroirs, et autres lieux de rangements. Belle occasion de faire un tri, le sac-poubelle à la main.
Forcément ça et là, se pose la question : on jette ou on garde ?
Parfois c'est l'évidence pour ma compagne et moi. Parfois c’est sujet à discussion.
La ligne de fond est assez claire : se délester au maximum.

Ce n'est pas si facile de tenir la ligne. Pour certaines bricoles ayant atterri au fond d'un tiroir, le choix est vite fait vers le sac-poubelle. C'est un peu idem pour les objets du style « ça pourrait servir un jour », alors qu'on se rend compte que ce jour ne viendra jamais.

photo du net
Restent les objets pour lesquels on ressent un attachement.
Il faut alors s'interroger sur ce que je pourrais appeler la profondeur de l'attachement.
Je constate alors des raisons de surface, avec un fil ténu et pas bien solide. Il suffit de réfléchir quelques instants pour voir qu'il n'y a même pas un coup de ciseaux à donner pour rompre ce fil. Juste un petit pincement au cœur pour cette vieille jolie boîte de dragées, mais vide, et qu'on a gardé en vague souvenir de cette cérémonie si réussie… vague souvenir en effet… exit la vieille boîte.

Et puis il y a les objets qui se sont attachés à nous, autant que l'on s'est attaché à eux. Ceux dont on sent qu'il y a trop d'amitié entre nous, et qu'il nous faut les garder assez précieusement.
Ils ne sont pas seulement le rappel de souvenirs. Ils font quasiment partie de nous-mêmes, comme un prolongement inséparable, même s'il fallait, par malheur, en être séparé. Ce genre de malheur, tel un cambriolage où l'on nous a chapardé des objets sans valeur marchande, mais chargés d'un prix affectif incommensurable.

Il suffit alors d'entrer dans une conscientisation profonde qui devient la référence pour le choix de garder ou se séparer. À condition d'être rigoureux. Sinon on trouvera toujours un « endroit de soi » qui risque de nous pousser à thésauriser qui est devenu inutile pour aujourd'hui.

L'objet à garder a le plus souvent bien peu de valeur financière. On se dit qu'un jour il faudra bien, là aussi, s’en séparer. On réfère alors aux expériences passées, qui nous ont amené à se délester de ces objets–souvenirs impossibles de virer, mais on a fini par le faire, parce que toute la charge affective est disparue par intégration du souvenir à l'intérieur de soi de manière renouvelée, probablement recomposée, et largement suffisante à notre bonne structuration psychique.

Enfin, il y a le souvenir à ressurgissement, parce que l'objet réapparu à notre vue fait renaître de l'enfoui.
Ainsi en fut-il pour moi d'un très vieux verre bistrot à pied court et fond épais (genre verre à absinthe), qui était au fond du buffet à vaisselle. Un verre venant du temps de mon grand-père, cette époque où il a tenu un bistrot de village. Je voyais ces verres sur le comptoir, à côté de la grosse boule transparente  où,en glissant une pièce, vous pouviez faire tomber des bonbons colorés ronds et délicieux. Mais mon père refusait systématiquement de mettre une pièce, et le grand-père n'allait pas en chercher une dans son tiroir-caisse.

Il aura fallu moins d'une seconde pour que plein de flashs visuels reviennent, avec leurs odeurs quasiment associées.