lundi 14 août 2017

Sans retour

Mon été 2017 se déroule sous de forts contrastes. Tout a parfaitement commencé avec 15 jours d'escapade dans le midi où nous avons passé de merveilleuses journées ensoleillées, reposantes, et à la fois culturelle et ponctuées de rencontres intéressantes.
Heureusement qu'il y eut cet épisode multicolore.
Car ensuite ce fut la grisaille.

Au bord de la mer mon ciel commença à s'assombrir. Le vent mauvais des nouvelles alarmantes se mit à souffler soulevant le sable cinglant qui perce les oreilles, vous force à écouter la tragédie d'une vie qui avance vers sa fin.
Alors la nuit sombre se fait définitive pour celui dont je partageais l'amitié depuis 45 ans et même plus…
Le crabe finit toujours par étendre son empire.
  
Le cri de douleur de l'épouse désormais seule, dans la nuit tempêtueuse vrille l'oreille est s'y incruste comme un acouphène. 
La mer ne s'est pas calmée et les essuies glaces sur la route du retour ne nettoient rien dans mes yeux que troublent une eau saumâtre. 

Ainsi va la mort.

La veille, je recevais une photo de lui, assis dans son fauteuil, il souriait , le gobelet de mauvais café à la main. Il faut dire qu'aux soins palliatifs on lui avait retiré les tuyauteries dans les veines, la sonde gastrique, et tout le tremblement…

Il s'en est allé vers cet ailleurs inconnu, que les hommes préfèrent espérer, en écoutant la neuvième symphonie de Beethoven…
Paisiblement nous a-t-on dit.

Dans son cercueil, sous le linceul, je me demandais bien où était passé son corps. Il était déjà réduit à presque rien, lui qui, de son vivant, de sa santé, avait des allures d'armoire à glace.

La dernière fois où je l'ai vu il m'avait dit : "Ne t'inquiète pas, je vais continuer à me battre."

Le combat était bien trop inégal mon  ami ! 
Mais ta grandeur fut de croire en une victoire.  Éternel courageux, volontaire et confiant dans la vie. Tu l'auras été jusqu'au bout.
C'est pour cela sans doute que tu es parti confiant dans la mort. Sans souffrance insurmontable comme je l'ai vu chez d'autres.

Au fond le crabe n'a pas vraiment gagné. Il ne t'a pas emporté.


C'est toi qui l'a quitté.

vendredi 28 juillet 2017

Évolution vs transformation. (tentative 1)


Ma vie préside d'une lente évolution comme l'arbre qui grandit et se déploie.

Dans mon jardin il y a un grand sapin. Il a commencé son existence chez nous dans notre salon il y a environ 30 ans. C'était ce qu'il est convenu d'appeler « un arbre de Noël » que nous avons ensuite planté dans le jardin. Durant 7 ou 8 années il ne s'est pas vraiment passé grand-chose. Quelques tout petits centimètres de verdissement à chaque printemps. C'était tout. Guère de croissance. Probablement que tout ce temps lui fut nécessaire pour se transformer personnellement. Comprendre ce qu'il en était de sa destinée. Il était né en pépinière, son destin était tout tracé, sa vie serait courte. Il subirait une transplantation en pot avec quelques racines. Il séjournerait dans le salon d'une famille, ferait sans doute la joie de quelques enfants, abriterait sous ses branches des cadeaux de Noël. Et puis s'en serait terminé. Il aurait comme tombeau une benne pour déchets végétaux. 
photo du net

Et voilà qu'il se retrouvait replanté, après avoir été transplanté. Quelque chose d'imprévu s'offrait à lui. Il avait sagement appris dans sa jeunesse à être conforme à ce que l'on attendait de lui. Un simple ornement pour Noël et ce serait tout. C'était un destin un peu court, mais on lui avait fait comprendre qu'on ne choisit pas. D'ailleurs, tous ses frères et les autres de la pépinière avaient parfaitement accepté. Pas un seul ne dérogeait à la règle commune, et chacun se souvenait de ce sapin qui avait voulu n'en faire qu'à sa tête… qu’on n'avait pas tardé à lui couper. Que les autres se le tiennent pour dit ! Et puis, de quoi pouvaient-ils se plaindre tous ces sapins à qui était promis à un destin merveilleux : faire la joie des enfants par le don de leur vie ! N’était-ce pas s’assurer un paradis  au royaume des conifères ?

Il prit plusieurs années pour réaliser qu'un plus grand destin l'attendait, tout à son étonnement que, - par il ne savait plus quelle magie  - il s’était retrouvé dans cet environnement inconnu jusque là, voisinant avec des confrères curieux qui ne lui ressemblaient pas tout en étant de bois. Il existait donc des semblables, mais différents ? Ainsi donc le monde vivait de diversités, qui ne se montraient pas nécessairement hostiles ? Personne ne lui voulait de mal, nul ne lui faisait de l’ombre.

Peu à peu il accepta l’idée que devenir lui-même et se développer, ne pouvait nuire à personne, mais au contraire enrichir un bel ensemble arboré auquel il se sentait désormais appartenir. Il avait trouver sa terre d’adoption. Il pouvait accepter de devenir un sapin majestueux qui irait tutoyer le ciel et pourrait prendre la pleine mesure de ses possibles. Cela ne gênerait personne, bien au contraire. Alors il se mit à grandir et se déployer dans le respect de sa nature profonde qu'il découvrait au fur et à mesure qu'il allongeait ses branches et faisait grandir son tronc.
photo du net

Voilà maintenant 30 ans que lui et moi avons fait cette découverte ensemble au fil des ans.

Voilà maintenant 30 ans que je me suis mis à l'écoute de ce sapin et de sa sagesse.

. Il m'a appris l'indispensable équilibre entre verticalité et horizontalité. 

. On ne peut monter haut sans une base solide. 

. On ne peut communiquer avec les étoiles que les pieds enracinés dans sa propre terre nourricière.

.On ne peut progresser sans une introspection intelligente qui s’est affranchie de l’ego pour accéder à l’Être.

jeudi 27 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (15)



L'oeuf ne danse pas avec la pierre. 
(Proverbe africain)

Pierre qui roule n’amasse pas mousse
(Proverbe français)

mousse douce dans la fissure d’un mur
naissance d’un nouvel espoir
telle la mousse désaltère au coin  du zinc du comptoir
(Proverbe de bistro)


 Paris vers 1933 par George Brassai





mercredi 26 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (14)





Tous les hommes naissent ego
endroit comme envers
et contre tout
Telles sont les lois de la République
qui ne seront pas en principes ôtées.




mardi 25 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (13)




« Celui qui regarde la plume rousse
de la Bambusicole de Chine
s’envoler vers l’est
possède l’intelligence du Sage.

Celui qui regarde à l’opposé 
est malheureusement
totalement à l’ouest. »

(Zheng Liang Xu
premier millénaire avant longtemps)


Zheng Liang Xu (autoportrait)

lundi 24 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (12)




Il était une foi...

somme toute, radicale
qui, ma foi, 
m’a sacré allègrement
ainsi que mes semblables






samedi 22 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (11)


Assez fréquemment il sautait du coq à l’âne
à cause de ses papillons sous l’abat-jour, prétendait-on,
de sa cervelle de moineau, affirmaient d’autres.

En réalité il avait des fourmis dans les jambes
c’est ce que déclara une taupe qui l’espionnait
et avait su lui tirer les vers du nez.


Mais quel animal quand même !




vendredi 21 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (10)


Il lui déclarera avoir dormi sur ses deux oreilles.

C'est un peu triste d'apprendre
 que des gens soient aussi mal foutus.






jeudi 20 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (9)



Les chiens hurlent
la caravane publicitaire passe

Chacun a un petit vélo dans la tête

de pioche, brûlée, ou à claques.




mercredi 19 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (8)



Aimer à perdre la raison
du plus fort est toujours la meilleure
façon de marcher

vers un puits dans le désert 




mardi 18 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (7)


Tous les chemins mènent arôme 
enfin,

tous les chemins suffisamment parfumés




lundi 17 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (6)



Un hebdomadaire  télé(rama) à l'intellectualisme raffiné, 
nonobstant la période estivale,
pose la question existentielle entre toutes :

« quel fan de séries êtes-vous ? »

je suis fane de pomme de terre en série




dimanche 16 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (5)



Tu vois, pauvre Boris, rien n’a vraiment changé, 
depuis que tu nous as quitté
disait Jean

tu vois, pauvre Guy, 
(que tout le monde a oublié),

depuis 1968,
c'est toujours plus de la même chose





samedi 15 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (4)


Quand sa femme s'est tirée, 
alors que l’après-midi s’étirait
on entendit le long écho du pan de sa vie s'écrouler.

Au loin un chasseur venait de tirer 
alors il pense
rien n'interdit de changer son fusil d'épaule.


Le chasseur ramassa la colombe morte.




vendredi 14 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (3)



Au lac du Bourget, 
oh ! il paraît que le temps suspend son vol

il y a toujours des bagages suspects.





jeudi 13 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (2)


Le silence est d’or….
… et d’ores et déjà beaucoup bavardent.

Peut-être parce que l'on prétend que la parole a du prix

à condition qu'elle ne soit pas à duperie




mercredi 12 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (1)



Il est évident qu’il faut partir un jour…
… mais pour aller où ?


Telle est la question que l'homme se pose en regardant la carte.



samedi 8 juillet 2017

Sans chemise, sans pantalon…

… Enfin presque…
ce qui est certain c'est que je viens de passer 15 jours que je pourrais qualifier de merveilleusement heureux, sans Smartphone, sans radio, sans télé, sans journaux, mais avec… tout le reste !
La beauté des paysages, la variété des lieux où nous avons séjourné ou visité : de la mer à la montagne en passant par la campagne féconde.
La joie des rencontres toutes simples.
Le calme extraordinaire de la montagne le soir.
Le chant des cigales  dans les environs d'Aix-en-Provence.

Parait que là c'est encore très calme....
Une sortie privée en mer, par chance et privilège, avec la découverte des calanques.
Ce fut à la fois un plaisir et une déception. le plaisir de la mer et la déception d'un tourisme côtier  envahissant. En longeant la cote, des bateaux partout, et il a fallu entendre tonitruer de la musique de rap depuis un voilier investi par des fêtards… et encore, me dit le marin chevronné… Il faut considérer qu’il n’y a encore personne d’arrivé… 
Dans 15 jours la mer sera aussi encombrée que les autoroutes…

Les Alpes majestueuses qui invitent à l'humilité. Les torrents de montagnes qui promettent la vie éternelle. Les fontaines qui racontent des histoires du temps jadis. Nous logions au bout du bout, par un chemin caillouteux.  La gentillesse d'une personne m’indiqua les chemins accessibles à ma bécane à roulettes sans trop de risques… quoique… j'ai réussi quand même à me mettre 2 à 3 fois en difficulté dans des ornières…



Mais le plus essentiel est probablement ce que nous avons vécu en couple. Des heures délicieuses. Par je ne sais quelle magie tout  fut particulièrement harmonieux. Ma compagne a eu ces mots : 
— « c'est encore bien mieux que notre voyage de noces ! », dont nous avons cependant gardé des souvenirs forts. Si j'avais pu imaginer alors que nous allions vers de plus en plus d'intensité d’amour, j’aurais eu sans doute le sentiment de me leurrer sur l'avenir. Comme quoi, il faut mettre à bas bien des représentations. Enfin j'essaye de le faire, au moins pour ce qui est des miennes.


De retour chez moi, ce matin, j'ai agi par réflexe : j'ai allumé la radio !
Instantanément, j’ai eu le sentiment d’une terrible agression.
Tout ce flot de paroles des « informations »…
informations sur quoi ? Et bien comme d'habitude : sur tout ce qui va mal !
Et donc immédiatement : j'ai éteint la radio !

C’est alors que j’ai entendu le chant des oiseaux dehors…


Enfin, une bonne nouvelle !

mardi 20 juin 2017

il y a le ciel, le soleil, etc......

Mesdames et Messieurs,

Votre blogueur préféré… (mais si ! Mais si !)
pense qu'il va falloir songer à vaquer.

Ce blog étant en vacance depuis que son titulaire a déserté…
L'auteur, en conformité avec ses convictions, part lui aussi en vacances.

Bon été à tous !




mercredi 31 mai 2017

Soleil de vie

Soleil de vie
(tentative pour elle)

*

Photo AlainX


Quand j'évoquerai les moissons
de notre amour à foison
ne pensez pas que ma raison s’égare
dans les chimères et les couloirs



un matin d'automne je cueillis sa lumière
mon cœur sortit du morne hiver
elle surgit comme printemps
j’ignorais qu'il durerait longtemps

le soleil jamais ne s’éteint
la nuit a comme destin
une aube de satin


par elle tout m’est venu
dans mes bras je l’ai tenue
au fond de ses yeux ma source
m'entraîna dans sa course

jamais le bonheur ne se fait vieux
à ceux qui ont au fond des yeux
le don d'aimer si merveilleux


*




vendredi 12 mai 2017

La fin de la culture ?

À quelques centaines de mètres de chez moi, il y a une passerelle-piétons qui franchit la nationale où défilent sans cesse des milliers de voitures à longueur de jour.

Sur la passerelle, les bruits sont intenables. La danse infernale des voitures qui se croisent et s'entrecroisent, roulant plus vite qu'il n'est permis de conduire sans danger. Parfois je me dis que dans cette danse infernale, quelqu'un donnera un coup de patin qui déclenchera l'emboutissement général comme un aboutissement.

Au-delà de la passerelle, en quelques mètres franchit, s'en vient le calme campagnard. Petit miracle sans doute de la DDE, qui eut un jour la bonne idée d'ériger un mur antibruit.


« Il suffit de passer le pont,
C'est tout de suite l'aventure! …
… Il suffit de trois petits bonds,
C'est tout de suit' la tarantelle,… »
(Georges Brassens)

La tarentelle… la danse qui guérit de la morsure de tarentule.
Pour ma part c'est avec une salsa(*) que je franchis le pont.
L’Aventure est toute simple : la campagne à la ville.

Au-delà de la passerelle, c'est le retour au bucolique, à la vie champêtre. C'est comme un petit miracle, le sentiment tout à coup du retour à un ancien monde, en quelques instants on se retrouve dans une faille temporelle.
À quelques mètres, une parcelle cultivée. Un tout petit champ entouré, protégé par une végétation arborée. Souvent, en, promenade, je m'arrête à cet endroit. Jusqu'à il y a peu je regardais pousser pommes de terre,  pois de sucre à perches, oignons, poireaux, et autres plantes potagères. Cela variait de saison en saison. Parfois le maraîcher était là. Un vieux Monsieur, habillé comme au siècle dernier, semant, cultivant, récoltant, « à la main ». En tout cas je ne l'ai jamais vu avec un quelconque petit motoculteur ou autre engin. En revanche, ce que j'ai vu, c'est que le vieux Monsieur boitait de plus en plus, semblait prendre du poids, s'arrêtait fréquemment pour souffler et jeter un regard aux alentours. C'est alors qu'il me voyait au bord du chemin. Je lui faisais un signe de la main. Il répondait d'un hochement de tête et reprenait son ouvrage.

Ces derniers temps, je n'ai plus vu le Monsieur. Sa parcelle n'est plus cultivée. la nature n'a pas encore repris le dessus en faisant pousser toutes sortes d'herbes diverses et variées. Le champ donne encore l'impression d'être prêt pour la culture. Mais rien n'y fut planté.

Photo AlainX

Qu’est devenu le Monsieur qu’il m'arrivait de regarder longuement avancer lentement et péniblement un sac de plants de pommes de terre  sur le ventre avec une lanière autour du cou, laissant tomber le tubercule germé, et l'enfonçant d'un coup de talon ? Je pensais au vieil oncle de mon enfance que je voyais aussi semer et cultiver son grand jardin à la campagne.

Je crois que je ne reverrai jamais plus le vieux maraîcher . Peut-être est-il mort. Peut-être lutte-il contre « une longue maladie » comme on dit pudiquement. Peut-être a-t-il des enfants qui ont préféré fonder une start-up ou vendre des téléphones portables, en se disant qu'il y en aurait toujours d'autres pour planter et récolter des légumes pour nous nourrir.
Peut-être pas.
————————


(*) « Salsa » est le nom du modèle de mon fauteuil roulant électrique !…

mercredi 3 mai 2017

Érections présidentielles.

En ce moment, dans les bureaux de vote, on s'apprête à commencer l'érection des isoloirs…

Alors comme ça il paraît « qu'on » ne parle pas assez sur les blogs des élections présidentielles ?
Mais pour dire quoi !
Cela fait des semaines que l'on entend globalement toujours plus de la même chose.

Pour ma part mon choix est fait depuis déjà un petit moment.
Vous voulez savoir ? Eh bien, interrogez dimanche mon isoloir et vous saurez tout.

En attendant, je vous propose de vous mettre en marche pour une petite promenade photographique et bidouille (*)

(*) comme en politique...


Photo AlainX
Il est une mouette calme et rieuse sur le lac aux miroirs (aux alouettes ?)

Photo/bidouille AlainX

Elle pourrait se retrouver dans une mer bleu marine glauque et tempétueuse.


Photo AlainX

Elles sont golfeuses sur le green verdoyant 

Photo/bidouille AlainX

Ça pourrait finir en plein marécage...






mardi 25 avril 2017

Bienveillance humaine.

Ce n'est pas la première fois que j'évoque cette disposition à la générosité de la personne humaine à l'égard d'autrui. Sans cette aptitude qui, je crois, quelque part, nous est conaturelle, nous serions probablement incapables d'une quelconque vie sociale qui soit autre qu'une jungle et un combat permanent d'opposition en vue d'une domination.

Si elle est  conaturelle (pas conférée de l'extérieur) c'est par potentialité, comme la graine contient l'arbre en entier. Mais l'arbre ne grandit pas sans une forme « d'éducation » qu'il trouve dans son environnement. Même chose pour l'être humain. La potentialité de bienveillance envers autrui ne se développe pas si on la laisse en friche dans le processus éducatif, pire, si on se comporte « méchamment » à l'égard de l'enfant, soit volontairement, soit par inconscience, en particulier des lois de son développement. À cela s'ajoute les avatars et les avanies de l'existence, qui font qu’on peut se retrouver dans une forme de méfiance plus ou moins forte, plus ou moins permanente, envers l'autre considéré comme un danger pour ne pas dire un ennemi. En tout cas quelqu'un qui, par nature, ne nous voudrait pas du bien.

Dans mon enfance trop solitaire, il n'y avait que « des grands » qui ne m'apparaissaient guère comme de possibles protecteurs, mais le plus souvent comme des personnes dont j'avais à me méfier, déguisées en faux amis qui me voudraient soit disant du bien. La catastrophe que fut mon entrée à l'école (ce sentiment de rejet des autres parce que je n'étais pas « socialisé », que j'ignorais les codes et les comportements qu'il convenait d'avoir) n'a fait qu'augmenter ma défiance envers autrui.

Il me faudra sans doute mon accident de santé à 12 ans pour découvrir qu'il existait chez les adultes des personnes « bienfaisantes » qui semblaient véritablement désirer mon bien et ma progression pour retrouver une autonomie suffisante pour vivre par moi-même. J'ai fini par accepter ce concept que l'autre n'était pas nécessairement un ennemi, qu’il pouvait être animé d’une bienveillance naturelle, même si j'ai gardé des zones de méfiance.

Ce n'est pas pour rien que j'ai choisi en premier un métier qui avait trait à « la justice », et que j'ai œuvré, comme je pouvais, pour la défense du faible vis-à-vis du Fort. Comprendre qu'il n'y avait pas que le combat singulier, fut-il juridique et/ou judiciaire pour construire un monde acceptable, fut un autre combat personnel de pacification. Un jour m'apparut comme une intuition flagrante qu'il me faudrait bien me décider à « déposer les armes ». Sauf que je n'avais pas alors les véritables clés de l'intériorité et que je n'étais pas encore rentré suffisamment dans ma pacification personnelle.
Cette pacification n'est manifestement pas achevée en moi. Je crains toujours le « trop bon, trop con ».

Après ce long préambule, (trop long), j'en viens à ce qui m'a motivé à l'écrire, c'est-à-dire quelque chose de très concret qui m'est arrivé ces jours derniers.

Certains le savent, pour me déplacer à l'extérieur, je suis tributaire d'un fauteuil roulant électrique, sans lequel je ne peux pas aller bien loin par mes propres moyens. Qui dit fauteuil électrique dit batteries. Il y a un an je les ai changées. Fin de vie normale, après 3 ans 1/2 environ. Les nouvelles se sont montrées défaillantes totalement il y a environ trois semaines. La société de matériel médical dont je suis client depuis une quinzaine d'années est venu me poser des batteries de secours, en attendant de diagnostiquer le dysfonctionnement. Le résultat ne s'est pas fait attendre : les batteries étaient mortes. Il fallait les changer.
J’ai reçu un devis par la poste. La sécurité sociale, dans sa grande générosité, m'offre royalement un forfait entretien de 100 €, partant du principe qu'un tel fauteuil électrique ne s’use certainement pas beaucoup… Le changement des batteries entraîne un « reste à charge » personnel d'environ 650 €. Pas grand-chose en quelque sorte !
J’ai un excellent rapport depuis toujours avec l'équipe de cette société importante de matériel médical. Je dois reconnaître leurs compétences, leur dévouement, j'ai eu une fois un dépannage tard le soir parce que j'avais crevé un pneu.
Recevant ce devis, j'envoie un mail circonstancié, en estimant que la garantie devrait jouer pour ces batteries qui se sont montrées défaillantes très précocement. 15 jours se passent sans que je ne reçoive une réponse. Peu m'importe. Les batteries de remplacement fonctionnent parfaitement. J'attends leur réponse.

Rentrons de mon séjour à la mer, je reçois de leur part une lettre froide, administrative, quasiment comminatoire, en substance : vous n'avez pas accepté le devis. Si vous ne le régularisez pas par retour du courrier nous viendrons vous remettre « le matériel d'origine ».
Mais c'est quoi ce grand n'importe quoi ! Ils veulent me remettre leurs batteries pourries ! Non mais je rêve !…

Je suis outré. Je téléphone pour avoir la personne qui suit cette affaire. (c'est une grosse société médicale). On me dit qu'elle est en congés jusqu'à ce jour.
Je vis tout cela très mal. Je suis repris par ce sentiment confus toujours tapi dans l'ombre, prêt à resurgir au moindre gratouillage sur cette zone sensible. Quelque chose du genre : « Décidément ! Tous des salauds ! cette société HandiMachinTruc ne s'intéresse à rien d'autre que faire du fric. Ils n'ont que les sourires de façade. Je les déteste… »

Malgré les propos apaisants de ma chère et tendre compagne d'existence, je n'arrive pas vraiment à me sortir de cette confusion absurde. J'ai ce sentiment quasi « victimal », qui par ailleurs me dégoûte tant… Bon d'accord, ça ne me met pas non plus au bord du suicide. Disons que ça me gâche partiellement le week-end. Déjà qu'il va falloir aller voter dans le cadre de cette campagne électorale qui a quand même frôlé les sommets de la finesse intellectuelle, du débat démocratique de très haute tenue, et qui fut véritablement digne du siècle des Lumières.

Ce matin j'appelle et on me passe l'habituelle charmante Madame  GentilleVoix, qui suit mon dossier. Je suis prêt à engager le combat singulier avec mon gourdin de Cro-Magnon, mon épée de Roland, ma Kalashnikov piquée à un terroriste… 
J’évoque cette lettre reçue, que j'estime « peu admissible compte tenu des circonstances » j’emploie une formule light, je tire une balle à blanc.
Madame  GentilleVoix est toute surprise. 
— « Ah mais non ! Ça c'est une lettre automatique de relance aux clients qui exagèrent ! Vous n'auriez pas dû la recevoir… je m'occupe de votre dossier. On est en pourparlers avec le fournisseur pour qu'il prenne cela en garantie. C'est pour ça que ça prend du temps. Ne vous inquiétez pas. Je m'occupe de vous. Tout va bien avec les batteries de  remplacement ? »

Bref je me suis bourré le mou pour rien ! Cette fois c'est contre moi-même que j'enrage. Et dans le même temps ce soulagement, qui me ramène à la réalité et non pas à mes fantasmes de gosse exploité dans son enfance, auquel on a fait volontairement mal.

Je retrouve cette humanité à laquelle je crois profondément. Mais voilà. Il n'est pas toujours évident de demeurer dans la profondeur de soi en toutes circonstances. Je m'en croyais davantage capable. Il me faut revenir à l'humble réalité du seul petit chemin parcouru jusque-là.

L’important c’est le chemin, dit-on. Bien. À condition que ce ne soit pas une justification. Car quand même il faut bien espérer que le chemin mène quelque part, vers ce à quoi je crois de toute mon âme…

samedi 15 avril 2017

Confiance : zone moyenne

Il m'arrive de mettre de l'ordre dans mes répertoires photos. Avec le numérique on finit par avoir un surplus incroyable. Il faut trier et supprimer et procéder aux élagages nécessaires.

C'est alors que je retrouve des photos prises il y a plusieurs années. Pour certaines je me dis, elles n'étaient pas si mal que ça. Et même elles étaient plutôt bien. Mais je les ai laissées dans une sorte d'abandon. 
J'ai toujours aimé faire de la photo. Mais je ne peux pas dire que j'ai beaucoup confiance dans les résultats que j'obtiens. Comme s'il y avait en ce domaine une sorte d'impossibilité de la confiance. Certes, je suis loin d'avoir des talents artistiques en ce domaine, tels que je les vois chez d'autres. En même temps, j'admets que je ne suis pas nul pour un amateur, je cultive un certain sens du cadrage et de l'originalité. Il reste qu'il y a toujours en moi quelque chose du genre : « ce n’est pas suffisamment valable ».

J'ai appris la photo au Centre de rééducation où il y avait un petit Club. On faisait entièrement le traitement argentique les après-midi de loisir. (Prise de vue, développement du négatif, agrandissement, tirage, mise sous cadre, et on a même fait une série de cartes postales du Centre qu'on vendait aux parents des copains tordus… pour payer notre matériel…) C'est là que j'ai pris plaisir à regarder les choses sous un certain angle. C'est sans doute ce que j'ai le plus retenu. Une qualité de regard sur les choses, les personnes, la vie.
Mais pour ce qui est des réalisations que nous sortions du labo-photo, j'étais sans cesse insatisfait de mes travaux. Il faut dire qu'il y avait un autre du groupe qui avait un talent évident. D'ailleurs, adulte, il deviendra photographe de mode réputé et j'aurai l'occasion de voir ses photos dans des revues. Je l'évoque d'ailleurs dans mon premier livre. Malheureusement, le succès qu'il aura connu, les adeptes qu'il aura faits, n'ont pas contribué à son bonheur. Il a mis fin à ses jours. Je l'ai appris en le recherchant pour lui offrir mon livre.
Je ne peux pas dire que je le jalousais. J’enviais son talent. C'est différent. J'aurais aimé avoir ses aptitudes photographiques. il n'était pas un ennemi, plutôt une sorte de modèle inatteignable pour moi, et je l'admirais. Nous avons commencé ensemble. Lui, en fit non seulement une passion mais son métier.

Bien que j'ai appris qu'il fallait éviter les comparaisons = poison, je suis toutefois demeuré avec cette tendance à dévaloriser ce que je peux faire en photo. Ce n'est pas bien grave. Si j'ai toujours aimé faire de la photo, je ne peux pas vraiment dire que ce fut une passion dévorante. Je le vois bien chez d'autres.

Je veux surtout souligner combien on peut être marqué par la période des apprentissages,
d’une manière singulière et forte. Autant dans des aspects positifs, que dans des aspects négatifs. Je ne parle pas de l'apprentissage des connaissances théoriques, je parle de l'apprentissage lorsqu'on réalise concrètement, qu'on apprend à faire, qu'on balbutie, que l'on se trompe et que l'on recommence. Il n'y a pas que le regard des autres qui influent alors. Il y a aussi un certain regard sur soi-même, et en particulier lorsque, comme c'est mon cas, on a inculqué à l'enfant dès son plus jeune âge qu'il n’était « bon à rien ».

*


Une de mes photos retrouvée. Je serai là-bas la semaine prochaine pour quelques jours. Au bord de cette mer qui m'enchante depuis toujours et berce mon cœur en permanence.

Photo AlainX - Cliquez pour agrandir

mercredi 5 avril 2017

Débats thons

Ni pour vous, ni pour personne, je n'ai pas regardé le match de foot présidentiel sur BordelFMTV, hier soir. D'après la matinale la plus écoutée de France (donc la mienne), je n'ai pas raté grand chose, sauf la saillie de notre Poutou national contre Marine Le Pen, qui veut pas s’expliquer devant la justice. "Quand nous on est convoqué par la police, nous on a pas d'immunité ouvrière, désolé, on y va. ». Mais comme l'extrait tourne en boucle sur Internet, j'ai pu le mater en me paluchant comme il se doit.

Moi, je dois dire que Poutou, j'aime bien sa bonne tête d'ouvrier sympa comme on n'en fait plus.  Ça nous change quand même du facteur ou de Arthaud (Nathalie, pas Florence, qui hélas s'en est allée dans le grand paradis bleu des poissons…) 
Poutou il était en liquette, et pas en costard à quelques milliers de boules…
Ça nous change.

Votez Poutou !
Pour des bisous !
Nécessairement prolétariens.

Notre bon Philippe-le-travailleur, déclare clairement qu'il ne veut absolument pas être Président.  Et ça c'est quand même un signe de bonne santé mentale : absence de mégalomanie et de tendances sadomasochistes. Il se présente juste pour pouvoir l'ouvrir, et être à  rebours de son excellent livre : « un ouvrier, c'est là pour fermer sa gueule ! ».

Bon, je déconne, mais c’est pour ne pas trop sombrer.
En fait je me demande si je ne devrais pas plutôt voter pour Jean Lassalle…de soins de l'hôpital psychiatrique, dont on se demande encore comment 500 maires et autres élus ont pu signer pour lui, qui a pété des boulons depuis quelques années.
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu une interview de Jean Lassalle. Ça vaut la peine. Je vous assure que même Coluche n'aurait pas osé…

Je passerai sous silence François Asselineau, parce que je vais quand même pas faire de la pub pour un type qui est encore plus à l'extrême droite que Marine Le Pen.

Reste le bien connu quintette à cordes—pour nous pendre, mais eux et elle, on connaît par cœur leurs chansonnettes…

Fillon le parfait amour
Macron nous à la hauteur
en Hamon comme en aval
La Marine est à La Pen
Mélanchon tout
on verra bien ce qu'il en sortira…


jeudi 30 mars 2017

Paroles d'arbres

Les arbres se parlent entre eux. C'est ce que l'on raconte chez les botanistes. Ils se communiquent des informations, par les racines. Ils s'entraident et se soutiennent mutuellement. Les arbres ont des histoires d'amour.

Les arbres parlent aussi aux hommes. Enfin, ceux qui savent écouter par le regard.
Ce matin, j'en ai rencontré un dans mon quartier. Il levait ses multi-bras au ciel, dans une sorte d'appel plus ou moins désespéré, comme si le printemps naissant l'avait quelque peu abandonné à la saison précédente. Son immobilité le faisait gémir du houppier. Ses rameaux tremblotants semblaient s'écrier :
— « non mais, c'est pas dieu possible ! »
Je me suis arrêté pour compatir. 

photo AlainX

une dame passa avec son chien, sans s'arrêter, ni réagir à cet appel.
Une jeune mère de famille avec bébé en poussette, fit de même. D’ailleurs elle ne pouvait  voir l'arbre, elle avait la tête penchée et ne regardait rien d'autre que son jeune enfant à qui elle souriait, et qui semblait lui répondre par une moue, que, peut-être, elle ne comprenait pas non plus. À quand pouvait bien remonter la dernière fois où elle avait prit le temps d'un échange avec cet arbre. Probablement jamais.  Le citadin ne s'intéresse aux arbres qu'à l'occasion des vacances, en forêt. À moins que l'on se mette à la recherche de l'ombre d'un confrère de celui-ci, parce qu'il fait vraiment trop chaud, et que si ça continue le petit va nous faire une insolation.

Il ne fallait pas être grand clerc en arboriculture, pour voir que cet arbre avait déjà pas mal souffert. Il fut victime d'un certain nombre d'amputations, probablement douloureuses, dont il ne s'est jamais véritablement remis. J'en connais des amputés. Ils souffrent du membre qui n'est plus là. Est-ce que les arbres souffrent des branches qu'on leur a enlevées ? Hélas pour eux ils ont eu la mauvaise idée de se laisser planter en pleine ville, et non pas à mille milles de toute terre habitée où ils auraient pu grandir tranquillement, sans être emmerdés par les humains.

photo AlainX
Malheureusement je ne pouvais rien faire pour lui. Les plantations voisines avaient commencé à bourgeonner. Lui, rien encore. Je me suis demandé si  un arbre pouvait être jaloux du voisinage. S'il pouvait avoir cette jalousie comme la voisine d'en face, parce que sa maison est moins belle et moins grande que celle située de l'autre côté de la rue, qui très certainement appartient à un type plein aux as, comme c'est pas dieu possible.

Alors, je me suis déplacé juste à côté, là où une petite fleur venait d'éclore. J'aurais eu envie de l'offrir à l'arbre pour le faire patienter, mais j'ai pensé que je n'allais pas à mon tour faire subir une mutilation désagréable à ce joli bosquet.

J’ai repris ma route pour rentrer chez moi, un peu le nez au ciel.
Il y avait plein de traînées blanches dans le ciel bleu, laissées par les avions là-haut.
Peut-être que mon arbre aurait aimé voyager.
Peut-être que moi aussi.
Le destin en décide toujours autrement. 
Peut-être qu'il n'en fait qu'à sa tête.