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lundi 21 août 2017

Sans doute un délire…

J'avais décidé de m'installer à l'ombre d'un doute.
À force de regarder les certitudes que d'autres annonçaient dans la lumière, j'étais aveuglé par trop de vérités qui me semblaient tellement frappées au coin du bon sens, qu'elles me donnaient la migraine.

Je me suis donc mis en quête d'un doute.
Un doute unique et solitaire que je pensais trouver facilement dans la ville, écrasée par des lumières. Malheureusement, la plupart des citadins ne doutent de rien. Ils savent tout, puisqu'ils habitent là où réside la connaissance dans des bâtiments construits pour cela.

À la sortie de la ville, s'étalait la campagne. Dans ces étendues paisibles de la plaine cultivée je trouverais certainement. Entre un champ de blé et des coquelicots, devaient bien pousser quelques pensées sauvages à l'allure bleutée que le vent doit secouer jusqu'à les faire douter d'elles-mêmes.

Après une longue marche durant des kilomètres et des kilomètres, sous le soleil accablant et l'atmosphère humide, j'aperçus au loin une forme étrange. Elle montait de la terre. Enfin c'est ce qu’il me sembla. À moins qu'il ne s'agisse de la vapeur d'un mirage. Ne portant nul chapeau ou couvre-chef quelconque, mes neurones étaient presque portés jusqu'à ébullition. De cette grisaille noire, étrange, informe, qu’une ondulation hypnotique empêchait mon regard de regarder ailleurs, sortit tout à coup un doute terrible presque effrayant qui progressa vers moi et me couvrit de son ombre. Figé sur place, je ne pouvais remuer ni le petit doigt, ni le gros orteil.

Voulant pousser un cri, j’ouvris la bouche mais rien ne sortit. Au contraire, l'ombre du doute pénétra jusqu'au fond de ma gorge, descendit dans mes poumons amenant instantanément une difficulté à respirer.  L’ombre me serra le cœur qui se mit à battre la chamade. Mes jambes furent prises de tremblements que mon esprit ne parvenait pas à contrôler. L'ombre du doute se noua dans mon ventre qui devint dur et douloureux.

Figé sur place, incapable du moindre mouvement, j'attendis.

À l'heure où vous lirez ces lignes, sachez que j'attends toujours.

Maurizio



lundi 14 août 2017

Sans retour

Mon été 2017 se déroule sous de forts contrastes. Tout a parfaitement commencé avec 15 jours d'escapade dans le midi où nous avons passé de merveilleuses journées ensoleillées, reposantes, et à la fois culturelle et ponctuées de rencontres intéressantes.
Heureusement qu'il y eut cet épisode multicolore.
Car ensuite ce fut la grisaille.

Au bord de la mer mon ciel commença à s'assombrir. Le vent mauvais des nouvelles alarmantes se mit à souffler soulevant le sable cinglant qui perce les oreilles, vous force à écouter la tragédie d'une vie qui avance vers sa fin.
Alors la nuit sombre se fait définitive pour celui dont je partageais l'amitié depuis 45 ans et même plus…
Le crabe finit toujours par étendre son empire.
  
Le cri de douleur de l'épouse désormais seule, dans la nuit tempêtueuse vrille l'oreille est s'y incruste comme un acouphène. 
La mer ne s'est pas calmée et les essuies glaces sur la route du retour ne nettoient rien dans mes yeux que troublent une eau saumâtre. 

Ainsi va la mort.

La veille, je recevais une photo de lui, assis dans son fauteuil, il souriait , le gobelet de mauvais café à la main. Il faut dire qu'aux soins palliatifs on lui avait retiré les tuyauteries dans les veines, la sonde gastrique, et tout le tremblement…

Il s'en est allé vers cet ailleurs inconnu, que les hommes préfèrent espérer, en écoutant la neuvième symphonie de Beethoven…
Paisiblement nous a-t-on dit.

Dans son cercueil, sous le linceul, je me demandais bien où était passé son corps. Il était déjà réduit à presque rien, lui qui, de son vivant, de sa santé, avait des allures d'armoire à glace.

La dernière fois où je l'ai vu il m'avait dit : "Ne t'inquiète pas, je vais continuer à me battre."

Le combat était bien trop inégal mon  ami ! 
Mais ta grandeur fut de croire en une victoire.  Éternel courageux, volontaire et confiant dans la vie. Tu l'auras été jusqu'au bout.
C'est pour cela sans doute que tu es parti confiant dans la mort. Sans souffrance insurmontable comme je l'ai vu chez d'autres.

Au fond le crabe n'a pas vraiment gagné. Il ne t'a pas emporté.


C'est toi qui l'a quitté.