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samedi 30 septembre 2017

Bucolique...



Pour le  Week-end

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Photo AlainX

lundi 25 septembre 2017

Brève rencontre

Nous nous sommes croisés ce WE sur le front de mer. Et quelques mètres plus loin, chacun s'est retourné. Elle, comme moi.
Un petit 180°. De ce fait, on s'est souri. Et en conséquence, on s'est rapproché.

Aussitôt, s'installe une sorte de proximité, pour ne pas dire de complicité. Ce n'est pas la première fois que cela se produit entre Zhandis. C'est d'autant plus renforcé que nous sommes chacun assis sur notre bécane, le même modèle dans la même marque. Un magnifique « six roues » qui permet la rotation sur soi-même puisqu'on a les roues motrices sous les fesses. Nous effectuerons ainsi un 360° gracieux et élégant en deux secondes à peine, chrono en main.
C'est sans doute pour cela que le modèle s'appelle « salsa ».

Aussitôt la conversation s’engage. On dirait deux « bikers »  qui discutent à propos de leur bécane et les mérites respectifs de chacune. Si nous avons le même modèle de base, nous n'avons pas les mêmes accessoires, soit par choix, soit par nécessité du handicap.
La dame a l’âge de la retraite. Sa bécane est toute neuve et rutilante, face à la mienne qui a bientôt cinq ans et ne respire plus la jeunesse. je constate les quelques améliorations faites depuis. Rien de bien déterminant au demeurant.
La question qui fait débat chez les « handicapés professionnels » que nous sommes, a trait généralement aux modalités de recharger des batteries. D'après le constructeur, il faut les recharger chaque soir, et toute la nuit, quelque soit l'usage dans la journée fait avec l'engin. D'après mon fournisseur il faut plutôt attendre que la batterie soit déchargée au moins de 60 % avant de remettre en charge. D'après le fournisseur de la dame, c'est 80, voir 90 % qu'il faut attendre… comme à chaque fois, les arguments s'échangent sur ce terrain. Madame fait remarquer que du coup, quand les batteries arrivent à ce stade, il ne faut plus aller très loin de chez soi sinon cela pourrait être la panne sèche. Je lui précise qu'en ce qui me concerne je n'attends pas si longtemps, même s'il m'arrive d'aller assez loin « dans le rouge » mais c'est parce que j'ai fait une longue balade.
Au final je conclus que de toute façon c'est aléatoire les batteries ! Certaines, bien utilisés, vont durer trois ans, d'autres, dans les mêmes conditions, ont duré un an. ( c’est mon cas!)

— Mais est-ce que c’est remboursé par la sécu ? S'interroge la dame qui ne semble pas rouler sur l'or.
— Très partiellement il y a juste un forfait. Qui couvre environ 20 % du prix d'un jeu de batteries neuves !
la dame retraitée se désole ! 
— Vraiment, ils ne font rien pour nous aider comme il faudrait !


Entre Zhandis qui sont conscients des usages en vigueur, on ne pose pas de question à l'autre sur l'origine de son handicap. Un peu comme on ne demande pas à quelqu'un qu'on visite en prison pourquoi il a été condamné : est-ce qu'il a étranglé ? Violé ? Trucidé ? Dévalisé une banque ?
On attend que l'une ou l'autre des personnes estime avoir à donner des explications sur sa santé.

Lorsque j'étais jeune, et que l'on me demandait : — « qu'est-ce que vous avez eu ? », je répondais systématiquement : — « En ce moment, j'ai un gros rhume ! ».

Et là, suite à une question que je pose « vous n'utilisez pas les repose-pieds », elle me répond :
— Non, ça me fait trop mal si je pose mes pieds sur le sol ou sur le repose-pieds. J'ai une polyarthrite rhumatoïde déjà fort avancée et je suis en permanence sous morphine.

Là encore, il est d'usage de ne pas compatir outre mesure, parce que un Zhandi respectable, sait très bien que globalement, la compassion des autres avec leur sourire en coin d'où dégouline de la pitié mielleuse et poisseuse qui vous tâche partout, on en a rien à foutre !  On préfère que l'on nous considère comme une personne à part entière. Et ce serait déjà pas mal si c'était ainsi !
On s'en tiendra donc à la technique médicale. 

— Ah !, Dis-je, vous mettez des patchs je suppose ?
— Hélas, non, Monsieur, ma peau ne les supporte pas.
— Il y aurait une solution, que je rétorque, il suffirait de changer de peau !…
— Ah ! Vous avez de l'humour ! C’est ce qui compte, hein, Monsieur, c'est de toujours garder le moral !

Et le moral, elle semble l'avoir. Elle se montre enjouée et tout sourire.
Puis, s’échangent quelques propos sur la pluie et le beau temps, le beau temps surtout, la mer d'un bleu intense et la lumière très pure, bien plus pure que l'été, et ce soleil qui nous inonde et nous réchauffe.
Et c'est ainsi que nous nous quittons.

Quand même, je ne puis m'empêcher de penser ensuite à mon père, qui lui aussi eut une polyarthrite  rhumatoïde invalidante qui le fit énormément souffrir. En ce temps-là, la morphine était prohibée.
Cette saleté abrégea ses jours. Bien sûr, en bientôt 30 ans, on a fait bien des progrès. Il n'empêche que je ne connais pas de personne avec ce diagnostic qui ait fait de vieux os.

Reverrai-je un jour cette dame ?
Ce qui semble certain : on ne dansera pas la salsa ensemble…




samedi 16 septembre 2017

À celles, ceux, qui ne sont plus là…



C'est à vous que je pense ce matin, vous qui m'avez fait devenir ce que je suis, vous qui m'avez aimé, aidé, conseillé, fait découvrir, militer, changer, progresser. Vous par qui je me suis remis en chemin de vie, qui m'avait montré les carrefours possibles, les routes préférables, les écueils à contourner, la montée vers les sommets et la descente dans les profondeurs. Vous qui m'avez ouvert les portes de l'intériorité. Vous m'avez permis d'accéder à un lieu si intime de la présence  permanente, éternelle, de la vie en abondance.
À vous que je ne peux oublier puisque vos noms sont gravés au fond de moi définitivement.

— C’est d'abord à toi mon père, à toi ma mère, que je veux m'adresser. À vous deux ensemble, Vous avez formé le couple inséparable et fécond qui m'a donné la Vie. Au-delà des difficultés, des péripéties, des épreuves qu'il a fallu traverser, vous avez toujours pris soin de moi. Toi, ma mère, tu m'as donné l'amour dont tu disposais malgré la maladie mentale. Tu me l’as souvent manifesté, certes parfois dans des débordements intempestifs, mais tu n'as pas failli tout au long du chemin. Toi, mon père, contraint par une éducation inadaptée à demeurer distant dans ton amour, tu fus pourtant bien présent et actif, dans la discrétion. Le silence est parfois une certaine proximité. J'ai découvert, après ta disparition, dans les archives familiales combien en réalité  tu avais été particulièrement actif durant mon enfance et ma jeunesse. Tu habites en moi pour toujours. À mesure que je me suis avancé en âge, tu as pris ta place en mon coeur, toujours discrètement, comme un trésor caché dont on sait qu'il est là et auquel on peut faire appel parce que le besoin s'en fait sentir.

— C’est ensuite à vous mes « Maîtres en existence » qu'il me faut rendre un hommage appuyé. Que serais-je devenu si je n'avais pu aller à votre rencontre, recevoir non seulement votre enseignement, mais le témoignage de vos vies données sans désir de retour. Par vous j'ai découvert mes errances de pensées, celle notamment que l'on pourrait être un « self-made-man », alors que toute construction de la personnalité est nécessairement et foncièrement relationnelle.
D’une certaine manière si mes parents m'avaient beaucoup donné, c’est vous qui m'avez tout appris. Vous m'avez appris à aller à la découverte de ce qui sommeillait en moi. De mon potentiel vital. Du chemin d'assainissement d'un passé douloureux. J'ai expérimenté ce qu'il en était d’une remise en vie, en existence, rendant possible le don de soi et l'engagement pour une cause.
Bien entendu j'avais lu cela dans les livres et mon cerveau n'était pas ignare de ces concepts. Restait cependant à « les faire soi », les intégrer, c'est-à-dire les faire passer du monde cérébral au monde de l'intériorité viscérale, génératrice d'action.
Vous m'avez permis de comprendre que j'étais un être humain limité, ce qui m'a mis en chemin de l'humilité, chemin difficile, escarpé, toujours à reprendre parce que la suffisance et l'orgueil guette facilement au dehors et cherchent à rentrer de nouveau par la fenêtre pour asservir.

Par vous j'ai compris qu'une vie n'y suffirait pas. Mais qu'importe. Seul le chemin est l'objectif.

— Viennent alors tous ceux qui ont croisé ma route et ont été autant de pierres blanches sur celle-ci. Quelques enseignants, en particulier mes professeurs de français, de philosophie ;  mes professeur d'université, de droit du travail, d'économie politique, de libertés publiques, de droit civil, qui m'ont aidés à charpenter ma pensée et à m'ouvrir au monde, par la pertinence de leur enseignement.
Comment ne pas citer également quelques compagnons de combats syndicaux et politiques auprès de qui j'ai appris la valeur de la solidarité dans l'engagement, et la stratégie de conquête pour une juste cause, en même temps que le respect de l'adversaire.

— Me traversent à l'instant d'autres personnes, en particulier des amis disparus qui furent des compagnons de partage, d'épreuves, de joies, autant que le soutien dans les difficultés. Ils ne sont encore que quelques-uns à être morts. Je crains que la liste ne s'allonge dans les années qui viennent.

Sans doute en ai-je oublié. Mais je crois avoir mentionné l'essentiel.

*

Cette évocation fait grandir en moi la gratitude pour la Vie. Également la puissance des liens essentiels et leur « éternité », car aucun ne peut disparaître en moi sans m'arracher le cœur. Tous les êtres qui ont vécu me constituent. Ils sont le terreau sur lequel la vie continue de pousser, avec sa singularité, son originalité et son unicité.
Chacun a place en moi, sans confusion, sans amalgame et sans fusion.

Ce sont comme autant de fleurs sur ma terre intérieure. Constituant ainsi un jardin fleuri et multicolore au long de la route de vie. Je le contemple étonné. Il ne cesse de refleurir. Il a cette beauté que je reçois dans un immense merci.




lundi 11 septembre 2017

Mauvaise fortune


Il arriva là où il aurait fallu partir.
On quitte  toujours nulle part, pour aboutir ailleurs.
Il n'en reviendra pas
trop loin, c’est trop loin.

En chemin, les pertes sont intenses
mieux faudrait embarquer sans rien
pour revenir chargé de tout
Tout ce qu'il faudra déposer
trop de fardeaux, c'est trop de poids.

Le destin lui remplit le ventre
bedaine que l'on traîne.
Surcharge pondérale
qu'il ne peut pondérer.

Pour regagner le port
Les passes sont étroites
pour qui navigue à l'estime
sur le frêle esquif
d’une existence incertaine.

Il accosta cependant
pensant s'établir
s’installer
demeurer
pénétrer le sens des choses.

Il ignorait être parvenu à la fin
la vie riche qu'il espérait
était en cessation de paiement.



vendredi 8 septembre 2017

La connaissance de l'autre.

On croit souvent connaître l’autre.
N'y a-t-il pas si longtemps que l'on se côtoie ? On a noué des liens, on s'est même engagé ensemble dans la durée. Et nous sommes allés jusqu'à fonder une famille.

Et puis il nous ressemble tellement ! Il doit certainement être « comme nous  ! »
Nous avons passé tellement de temps ensemble, découvert tant de complicité, partagé si intimement, que nous le connaissons « comme notre poche ».

Et puis un jour, c'est la déception.
— Ça alors ! Je ne le croyais pas capable de faire « ça » !

Alors évidemment, le premier mouvement est de l'accuser de trahison, de nous avoir trompé, de nous avoir égaré, d'avoir été hypocrite, fourbe, machiavélique. Il/elle nous a roulé dans la farine. Ce n'est qu'un menteur. Une petite crapule déguisée sous des apparences de vérité et de sincérité.

Il ne nous viendrait pas à l'idée de s'interroger sur nous-mêmes. Sur notre aveuglement de croire que l'on peut véritablement connaître l'autre, toujours insaisissable, et où se mêlent en lui lumière et noirceur. Nous sommes souvent incapables de reconnaître qu’en cela, oui, il nous ressemble. Car nous avons aussi nos beautés et nos laideurs dans les actions. Et bien souvent nos actes sont pavés de bonnes intentions dans lesquelles l'autre se prend les pieds et se casse la cheville…

Il ne faudrait pas croire qu'il s'agit là de propos pessimistes.
Au contraire, ils sont emprunts du réalisme nécessaire à la réussite véritable de toute relation.
Être naïf et ignorer cette réalité première, c'est aller au devant de ratages mémorables.

Toute relation nécessite à la fois distance et proximité. L'équilibre entre ces deux pôles est difficile et délicat.
les pièges vont de la fusion où on y perd son identité, à la répulsion et au rejet, où on y perd son appartenance à la collectivité humaine et hélas parfois sa propre bonté.

Seule l'observation et la capacité de discerner ce que sont - pour nous - de justes relations peuvent nous faire éviter de tomber dans les pièges… au moins de temps à autre ! …

Et une juste relation n’est jamais, ni parfaite, ni un long fleuve tranquille, ni sans souffrances.

Espérer autre chose relève de la rêverie statique, qui fera encore plus mal lors de l’inévitable réveil brutal.