mercredi 29 novembre 2017

Une écriture utile ??


Depuis de longues années, ce blog a hébergé des centaines de billets, la plupart relatifs à mon expérience d'intériorité et au chemin que cela me fit faire. J'ai aimé laisser venir tout ce qui m'était donné d'écrire sur cette thématique. Parfois je me suis surpris moi-même de ce qui me venait sous la plume. J'ose penser que cela a pu être profitable à certains/es.

 Mais depuis quelques temps, (hormis quelques textes littéraires et autres choses du genre), j'ai le sentiment que je ne puis faire autre chose que me répéter. Comme j'ai pu le constater sur certains blogs « anciens » il arrive un moment où une certaine boucle est bouclée. Il faut alors envisager de passer à autre chose. On finit, je crois, par ennuyer le lecteur. Il faut alors passer son chemin.

Autre chose ? Mais quoi ?
En février, j'avais mis mon blog en pause pour cette raison.
Ce que j'ai pu écrire depuis ne présente à mes yeux qu'un intérêt très relatif au regard de ce qui peut concerner l'expression de ma pensée personnelle.

Je n'ai plus écrit sur l'actualité. Il est vrai que je m'éloigne d'elle, par désintérêt, autant que par choix. Peut-être ai-je peu à peu pris conscience « qu’on me prenait en otage » avec la marche du monde, quand on ne cherchait pas à me culpabiliser (en vain…) en prétendant que moi, vous, et les autres de ma génération, sommes responsables de tous les malheurs de la planète qui, paraît-il, court à sa perte…
En ce qui me concerne, je ne cours pas avec elle.

À se lamenter sur les malheurs du monde, on finit par se lamenter sur soi-même, hurler avec les loups, et s'indigner de ce sur quoi on renonce à s'engager pour que ça change. Alors, on signe des pétitions sur Internet, on enrichit les propriétaires  de change.org, et on a le sentiment du devoir accompli, alors qu'on n’est bêtement que la mouche du coche.
Cela m'effleure trop souvent, et même parfois m'atteint.

Aussi le choix qui s'impose est celui de revenir à mes engagements collectifs auxquels je collabore encore. Il m'arrive d'écrire à l’un ou l'autre de mes compagnons de route pour lui demander où il en est, comment il vit sa part dans l'œuvre commune que nous cherchons à construire. J'agis ainsi parce que je ressens le besoin d'être re-vitalisé. Parfois, sans le vouloir, j'apporte un bénéfice secondaire, parce que l'autre est quelque peu « en panne », et mon mail génère un échange pour remettre le travail en route.

Ceux qui me sont chers, ceux et celles envers qui je m'engage concrètement, les quelques services que je peux encore rendre, mon zeste de compétence encore existant, c'est là que se limite ma petite sphère d'humanité à laquelle je crois profondément. Là, je m'efforce de donner ma mesure, mon temps, et je retrouve l'essentiel de moi pour poursuivre dans la ligne de ma foi dans l’être humain et l'avancée d'une humanité dont je ne cesse de voir les prémices d’un nouvel à-venir. 

Toute pensée personnelle  qui ne se traduit pas en action concrète, est vaine. Seule la pensée-action (ou l'action-pensée) se révèle proactive.
Ainsi en fut-il de celle de mes Maîtres.

Sans doute y a-t-il encore des êtres qui émergent dans l'immensité du bavardage ambiant des rezosocios. Ceux pour qui l'action concrète est la nourriture d'une pensée. À l'image d'un Pierre Rabhi, qui me fait penser à l'un de mes maîtres : Marcel Legault (1900-1990- normalien, agrégé de mathématiques, professeur d'université) qui, après la guerre, devint agriculteur et berger dans la Drôme et que j'ai eu l'occasion de rencontrer. Sa recherche spirituelle, sa parole totalement novatrice pour l'époque parce que rendant compte d'une expérience personnelle, marquèrent le jeune adulte que j'étais de manière durable. Son livre « l'homme à la recherche de son humanité »(1970) et quelques autres, furent pour moi une nourriture marquante, enclenchant cette sorte de révolution spirituelle qui continue à me remuer au plus profond quand bien même s'avance ma vieillesse.

Il me semble que toute écriture qui ne s'enracine pas dans l'expérienciel analysé est de moindre portée. Finalement, « le penseur en chambre » caractéristique bon nombre de contemporains, m’intéresse de moins en moins…


lundi 27 novembre 2017

Le Destin d’Albertine (La consigne du lundi chez Lakevio)





A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les dix mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.
soierie - excellent - éliminer - explication - tranchant - éclaireur - douçâtre - dominer - effet - hostile

Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

———————

Le Destin d’Albertine.


Albertine de Longue-Épée était issue d'une famille qui travaillait dans la soierie depuis au moins huit générations. Elle avait dû dans l'urgence prendre la tête de l'entreprise familiale suite au brusque décès de son père.  Ses concurrents voraces  et cupides se coalisèrent pour tenter de l'éliminer.

Gaétan de Rouge-Macaque, qui fut pourtant un ami du père d'Albertine, fut envoyé en éclaireur pour tenter de s'accaparer l'entreprise à moindre frais. Étant donné qu'il considérait Albertine comme une oie blanche quelque peu douçâtre, il n’aurait donc aucune difficulté à lui faire gober des arguments fallacieux et à user de ses habituels procédés déloyaux, qu'il considérait comme parfaitement justifiés, pour une saine élimination de la concurrence inutile. 
Il avait promis à ses associés : — « Je vais la dominer sans difficulté ».

En effet, Albertine de Longue-Épée ne connaissait rien à la gestion d'une entreprise, et préférait contempler les mûriers, s'imaginant être descendante  la dynastie chinoise des Han, qui se mit à privilégier la soie deux siècles avant notre ère. D'ailleurs n'avait-elle pas les yeux quelque peu bridés ?  Aussi refusa-t-elle toutes les propositions de Gaétan de Rouge-Macaque, et eut même à son égard un comportement hostile.

Il est très difficile de continuer à rendre pérenne une entreprise de soierie avec seulement de la rêverie et la contemplation des mûriers. Aussi l'entreprise ne tarda pas à faire faillite,

 La reconversion d’Albertine de Longue-Épée dans la carotte fut assez difficile pour ne pas dire douloureuse. Elle qui aimait la bave abondante du  Bombyx du mûrier et dérouler les 1500 m de fil de son excellent cocon. En conséquence elle se voyait difficilement opter pour l'élevage de lapins et la culture de la carotte afférente. Elle avait beau tenter de se convaincre et chercher une explication rationnelle à sa situation, elle n'y parvenait pas. 

Albertine décida donc de changer d'orientation et ouvrit un petit restaurant de cuisine coréenne où elle servait principalement des  beondegi, c'est-à-dire des chrysalides de vers à soie préparées à la vapeur parfumée, qu'elle servait à l'aide d'un couteau à double tranchant.

Ainsi s’éteignit la Dynastie de Longue-Épée….



vendredi 24 novembre 2017

Sornettes et calembredaines - 4 (pour le WE)

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*

--  - — Amour ferroviaire — -- - 

Oh mon amour!
Tu vas et tu viens
entre deux trains
et je te rejoins

du plaisir de te voir
je crie gare
je snife un rail
mon ballast
défaille
 chaque fois que
Tu vas et tu viens
entre deux trains
et que je te rejoins

notre amour composte 
un billet d’éternité
quand 
tu vas et tu viens
entre deux trains
et que je te rejoins

Quand l’aiguille 
frôle ta caténaire
le courant passe
moi non plus


j’effleure ton Corail
et le fret qu’il contient
lorsque
Tu vas et tu viens
entre deux trains
et que je te rejoins

Oh mon amour
entre deux trains
tu me retiens
moi non plus


(pardon Serge….)

lundi 20 novembre 2017

En Croisière (chez Lakevio)



L'un des personnages écrit une lettre de voyage... 

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Chère Hildegarde, ma tendre cousine tant aimée,

Si tu savais comme je suis heureuse, tu te réjouirais avec moi, j'en suis certaine.
Ce long voyage vers les îles lointaines, comme je t'en avais fait part, m’inquiétait quelque peu. S'embarquer seule pour cette aventure, avoue qu'il fallait du courage, même si Paul m'avait affirmé que ce bateau de croisière luxueux n'était fréquenté que par des personnes de haute qualité et que je ne courais donc aucun danger. Quoi qu’il en soit, il me fallait coûte que coûte rejoindre ton père là-bas, si loin, puisque désormais vivre en France était impossible pour moi. Je ne remercierai jamais assez ton père d'avoir compris ma détresse, abandonnée de tous, et envahie du désespoir.

Sur ce bateau il m'est arrivé une aventure singulière, que je veux te raconter en toute confiance, car je sais que tu n'iras pas le répéter, et que nous nous sommes toujours dit tous nos petits secrets.

En tant que fille de bonne famille, j'avais demandé, je dirais même exigé, d'être seule à table lors des repas et si possible dans un coin retiré de l'immense salle à manger du paquebot. Or, si cela fut possible durant plusieurs jours, après notre première escale,  nous eûmes un passager supplémentaire, qui n'était pas prévu, et le Commandant en personne me demanda si je voulais bien l’accepter à ma table pour les repas, m'affirmant qu'il s'agissait d'un représentant officiel de Sa Majesté britannique et qu'en conséquence je ne devais nourrir aucune crainte. J'ai évidemment protesté avec véhémence, comme tu t'en doutes bien. C'est que je ne l'avais pas encore aperçu cet homme. Mais, tandis que je plaidais ma cause, le représentant de Sa Majesté britannique se dirigea vers ma table dans un uniforme impeccable. Il était grand, blond aux yeux bleus, un visage parfait et un immense sourire qui me troubla instantanément. Je crois que je devins cramoisie, et le Commandant du paquebot compris alors que mon attitude signifiait un « oui » pour le partage de la table.

C'est comme cela que tout a commencé. Depuis nous sommes inséparables. Douglas (oui, il s'appelle Douglas) est absolument charmant, pour ne pas dire charmeur, avec son accent délicieux, presque sensuel, quand il s’exprime en français. Il a de la conversation et une grande culture. Pas plus tard qu'hier soir, sur le pont supérieur où l’air était doux aux senteurs marines, alors que nous prenions un agréable rafraîchissement, il s'est mis à me déclamer en anglais des vers de Shakespeare. Je crois que c'était le fameux « to be or not to be », mais je n'en suis pas sûre, son anglais n'étant nullement académique. Et puis tu sais bien que je suis nulle en anglais. Quoiqu'il en soit, je me suis imaginé qu'il me fallait comprendre quelque chose comme : «  Toi et moi, être ou ne pas être ensemble… » parce qu'en même temps il m'a pris la main à la fois délicatement mais en pressant mes doigts passionnément. J’en ai ressenti des frissons tout au long de l’échine et pour la première fois ce fut si intense que je n’ose te dire à quoi j’ai songé.

Ah ! Ma chère cousine, je crains d'entrer dans les tourments de l'amour. Tu sais combien cela m'a valu des déboires l'an dernier, aboutissant à ce départ précipité. Je devrais tirer des enseignements pour l'avenir de cette malheureuse expérience passée, abandonner mon côté romantique pour revenir à la dure réalité qui m'attend chez ton père, si loin de tout et de tous ceux que j'ai aimés. Non pas que je  craigne particulièrement ton père, mais c'est pour moi que je crains, moi et mes incapacités à mener ma vie comme il se devrait, moi qui me comporte en girouette, moi qui ne peux résister longuement aux hommes, moi qui finis toujours par le regretter, amèrement.

Quand cette lettre te parviendra, si elle te parvient un jour, j'aurai peut-être trouvé un bonheur définitif, ou, à l'inverse, j’aurai sombré dans le désespoir le plus profond. Mais,  je te le redis, cette nuit  je suis heureuse. Douglas est un amant merveilleux. Il vient de regagner sa cabine.

Ne m'oublie jamais s'il te plaît, mon Hildegarde. Garde bien en toi combien nous nous sommes tant aimées.

Marceline.

mercredi 15 novembre 2017

Sornettes et calembredaines - 3


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Une idée trottait dans sa tête.
Il se mit à courir
afin d’arriver plus vite qu'elle au bout de celle-ci.

Pour se venger elle devint une idée fixe.

Il ne pouvait plus la suivre.

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lundi 13 novembre 2017

la consigne du jour de Lakevio




La consigne pour le 12 Novembre :

Il y a longtemps que je n'ai pas proposé une maison à votre imagination.

En voici une bien jolie, ce qui change des étranges masures !

Le bonheur derrière les murs ?...









Une si jolie villa.

Arnaud Larozeur, notaire de père en fils, n'avait pas la conscience aussi tranquille qu'il l’aurait voulu. Certes, il n'avait commis dans son Étude aucune malversation en plus de 34 ans de carrière, mais cela le gênait quand même d'avoir acheté en viager cette splendide villa, au pied de la colline, dans un cadre verdoyant et dont le jardin fleuri promettait des instants délicieux, d'autant qu'après son divorce, il venait de  dégoter une Jolie Blonde, qui ne crachait pas sur les bijoux qu’il lui offrait. 

La bâtisse  appartenait à une rombière sur le départ pour l'éternité. Elle frisait les 90 ans, et d'après sa petite enquête, elle n'en avait plus  pour très longtemps, quelques mois peut-être, un an pas plus. C'était donc une excellente affaire.  Il s'amusait parfois à penser, avec un sourire de carnivore, qu'il allait la payer « en monnaie de rombière ». D'ici là il avait tout le temps d'échafauder des plans d'amélioration avec  Jolie Blonde qui rêvait d'un jacuzzi et d'une piscine, dans laquelle elle lui promettait de se baigner nue, vraiment toute nue. Cela avait le mérite d'échauffer le costume trois pièces du notaire. 

Il n’empêche, une éducation religieuse dont il n'arrivait pas à se débarrasser pleinement, lui titillait la conscience. C’est tout juste s'il n’entendait pas le grand Saint-Pierre secouer les clés du paradis en faisant beaucoup de bruit, comme pour lui signifier : 
— Tu ne rentreras pas ici ! Gredin de notaire ! 

Déjà, le divorce suivi par l’arrivée de Jolie Blonde, Là-Haut, on n'avait pas beaucoup apprécié. Et maintenant, arnaquer la rombière n’allait pas améliorer son CV d'éternité. Il avait en effet largement minimiser le prix de la propriété, prétextant qu'il y avait d'énormes travaux à effectuer, et qu'en conséquence la rente viagère ne pouvait qu’être excessivement limitée, et « le bouquet » (la partie de la vente réglée au comptant) réduit à pas grand-chose. Cette vieille dame, qui n'avait plus aucune famille, fit confiance à ce notaire, si gentil, si bien de sa personne, et qui semblait tellement respirer l'honnêteté par tous les pores de sa peau.

*

Étant donné qu'il y a toujours de la chance pour la canaille,  celle-ci sourit à Arnaud Larozeur. La crédirentière décéda deux mois et demi après la signature de l'acte notarié. Arnaud n'avait pas déboursé grand-chose. Il promit à la Blonde une piscine quasi olympique.

*

Le notaire cinquantenaire à l'embonpoint florissant, et la Jolie Blonde à la poitrine épanouie, vécurent  dans la splendide villa un bonheur aussi limpide que l'eau de la piscine pendant les deux années où ils l’occupèrent ensemble. Ils la firent aménager de mains de maîtres par des architectes réputés.

C'est au cours de la troisième année que les choses changèrent progressivement. Jolie Blonde ne cessait d’exprimer de nouvelles exigences, non seulement au lit, où notre notaire commençait à avoir des défaillances, mais encore elle faisait un peu trop chauffer la carte bancaire. Arnaud Larozeur finissait par se demander s'il avait fait une si belle opération que cela. D'autant plus qu'il venait d'embaucher une jeune secrétaire, brune celle-là, avec une bouche et des lèvres dont  je préfère taire  ce à quoi elles faisaient penser. Arnaud ressentait en lui comme un désir nouveau de changement.

*


— Bien sûr, Monsieur l'inspecteur, j'ai tenté le bouche-à-bouche, mais il était trop tard. Oui, j'étais dans mon bureau personnel dont les fenêtres ne donnent pas sur le jardin, hélas. Sinon je l'aurais peut-être entendue se débattre ou appeler. Elle ne se serait pas noyée dans la piscine comme ça.  Vous savez, je suis totalement désespéré. Je l'aimais tellement. Depuis si longtemps que nous étions ensemble…. C'est un drame dont je ne pourrais pas me remettre.

vendredi 10 novembre 2017

Y a-t-il encore une vérité ?


C'est le titre de couverture de Philosophie magazine du mois d'octobre dernier. Je n'ai pas encore lu le dossier correspondant, je me trouve donc quelque peu « vierge » face à la question.

—Le mot « encore » m’arrête en premier. Il présuppose qu'il n'y a plus guère de vérité, et certainement pas une. Si l'objet vérité venait à disparaître, je considérerai que c'est une catastrophe.
— Puis le mot « une ». Une dernière parmi d'autres ? Une ultime survivante ? Toutes les autres ayant explosées en vol ? Heureusement sans doute il n'est pas écrit LA vérité. Celle qui s'imposerait par évidence, conviction, par la force, par obligation, ou tout autre chose du genre.

Souvent je rencontre cette expression : « à chacun sa vérité », ce qui au mieux constitue une forme du relativisme total. Tout ce vaut… et globalement rien n'est vrai… 
À moins qu'il soit proféré : je vais te dire tes quatre vérités ». Pourquoi quatre d'ailleurs ? Ceux qui signifient je vais te dire MES quatre vérités, c'est-à-dire celles qui s'imposent à toi de par ma volonté. On passe du relativisme à la domination.

C'est bien connu, les religions détiennent LA Vérité, et même : la Vérité des vérités. Elles peuvent être par exemple inscrites dans des « tables de la loi ». 
Quant aux mathématiciens, ils ont déterminé des « tables de vérité » qui paraît-il sont d'une implacable logique.
Du côté des « vérités scientifiques », celles-ci ont tellement variées et contredites entre elles au cours des siècles, que je ferais bien une parodie de Brassens : « mourir pour des vérités scientifiques d'accord, mais de mort lente ; d'accord,  mais de mort lente ! » 

« Qu'est-ce que la vérité ? », demanda Ponce Pilate, spécialiste du lavage des mains, à Jésus. Puis il sortit côté jardin.

*

. Et moi, comment je me situe ?
J'observerai cette question sous deux angles : 

— À titre personnel
Il me semble que j’ai toujours eu soif de vérité, dès ma petite enfance, au cœur d'un milieu où se véhiculaient un certain nombre de mensonges.
Au fond de moi-même demeure en permanence une quête de vérité, à commencer sur moi-même.
La vérité que je cherche est une sorte d'accord intérieur, de cohérence de mon existence, avec moi-même, mon environnement, mon entourage, et quelque chose qui « me dépasse », me transcende. Une sorte de vérité supérieure à moi, vécue comme « bonne pour moi », que je perçois sans pour autant en connaître les contours exacts. Elle est ressentie au fond de moi-même quand je me montre honnête avec ma personne, pour autant que je le peux. Cela pourrait se résumer ainsi : parler vrai, agir vrai.
Le critère de référence n'est pas équationnel, explicatif par A+B, il est essentiellement de l'ordre d'un ressenti des certitudes permettant de conduire ma vie dans l'axe de la vérité, dont je ne suis qu'une parcelle d’un ensemble plus vaste que moi-même. Puis-je parler de direction commune ? Je ne sais. En tout cas d'autres personnes rencontrées coïncident avec cet axe par choix. C'est en quelque sorte la possibilité de faire « communauté » par reliance intérieure guidée par un souci de vérité.

– Au titre de mon expérience professionnelle

Au fil des années de ma pratique, j'ai vu progressivement apparaître le relativisme dans ses aspects négatifs, voire néfastes. Rien n’est vraiment vrai, rien n’est vraiment faux. Je recevais des personnes, qui étaient censés avoir atteint une certaine maturité personnelle, engagées dans la société (médecins, enseignants, dirigeants de sociétés…), qui avaient reçu une éducation très permissive, sauf l’obligation de «  bien travailler à l’école et réussir dans les études ». Mais sans balises sur le reste, notamment quant à la personnalité et à la conscience. Tout était possible, tout était ouvert, tout se valait, l'expérience tout azimut et dans tous les domaines constituait le nouveau paradigme. Au milieu de cette multiplicité d'expériences en tourbillons, ils étaient proprement « paumés », et comme sans repères intérieurs, comme un navire en errance, parti sans cartes, sans boussole, sans port à atteindre, sans phare éclairant leur vie personnelle. Dès lors qu'il convenait de « décider par soi-même » (c'est-à-dire ne pas suivre la pente des autres, et de mener sa propre réflexion psychologique, voire existentielle), ces personnes se perdaient et laissaient place à l’angoisse du non-vivre-soi. 
Comment être vrai et vivre en accord avec soi lorsque préside la primauté d’une structuration mentale forte de surmoi ? Comme aurait pu dire Montaigne, ils avaient une tête bien pleine mais guère bien faite. Cela aboutissait souvent à la question : —  « dites-moi ce que je dois faire ! » Avec dans la voix ou l'attitude un véritable désarroi palpable, face à des décisions de choix personnels à prendre qui ne correspondait pas au cursus balisé par autrui. ( se marier, avoir des enfants, gérer une perte d’emploi, se situer dans des conflits interpersonnels, etc.) Bref gouverner sa vie.
Ce n'est pas d'évidence première car, comme dit Lacan :  « la vérité [sur soi] exige qu'on se dérange »

Au début, je tentais d'orienter vers ce que je peux résumer dans la formule « les réponses sont au fond de vous-même », mais je m'aperçus que c'était vain dans la mesure où ce fond de soi n'était  pas perceptible, enfoui qu'il était dans les brumes de l'inconscient et l’absence de ressentis profonds. Comment faire percevoir que pour bien faire, il faut d'abord passer par Bien-Être…
Je me retrouvais face à une faille invisible qu'il faudrait combler avec de la patience et du temps.

— Je sais faire beaucoup de choses pour soigner le corps de mes patients, me dit en substance une femme médecin, célibataire, approchant la quarantaine, j'ignore tout de ce que je dois faire pour diriger ma propre vie personnelle comme je le voudrais, ne plus être dévorée par le métier, rencontrer l'homme de ma vie…. 
J’ai opté pour ce qu'il est convenu d'appeler « la directivité aidante » pour avancer pas à pas vers la conscience d'un « qui je suis » et d'un « comment être » avant de pouvoir aborder un « comment faire » à partir de qui je suis.


Bien entendu, les personnes qui venaient vers moi étaient en difficulté plus ou moins grande. Je ne fais donc pas de généralité. Il n'empêche, les personnes déstructurées psychologiquement par manque de repères personnels fiables, semblent plus nombreuses qu'auparavant.

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Partir à la recherche de la vérité sur soi-même et un long chemin.
Mon chemin de vérité est sous forme de la perception, forte ou ténue, du sentiment d'être dans mon axe de vérité. Il est alors une sorte d'apaisement intérieur. Un : « oui, c'est ça ! ». À l'inverse toute déviance ou chemin de traverse par rapport à cet axe, je le ressens comme un travestissement, une dissimulation et parfois un mensonge face à moi-même.

J'aime la vérité, et les êtres de vérité. Ne pas trop se raconter d'histoires, « se la jouer », déformer ou s'accommoder de demie-vérité sur soi-même. C'est d'abord un sentiment de malaise intérieur, envers moi en premier, envers autrui ensuite, dès lors que je ne me suis pas montré vrai dans la relation.
J’ai toujours toutes sortes de mauvaises-bonnes-raisons pour biaiser avec elle.

*

Quant au concept de vérité absolue ou universelle, c'est une forme de représentation mentale, dont j'ai tendance à penser qu'elle est nécessaire.
Mais c'est probablement aussi une sorte d'aspiration profonde de l'être humain.
En observant les enfants, en pensant à celui que je fus, à cet aspect de moi qui demeure, je fais le constat que l'enfant « à qui on ne raconte pas des choses fausses », et qui vit dans un environnement où la vérité tient une place, se structure beaucoup plus aisément.
Combien de parents se mettent en colère face à l'enfant qui ment !
 C’est sans doute que le parent est lui-même quelque part avide de la part de vérité qui lui manque.

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« La vérité est rarement pure et jamais simple. » Oscar Wilde


lundi 6 novembre 2017

Sur une consigne

 La consigne de chez Lekévio   n'est pas très facile… mais j'ai quand même tenté quelque chose…

LA CHAMBRE



 Sur cette image belle comme du Hopper, je vous propose :

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." (emprunt à Simone, jeune fille rangée.)



2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il" (emprunt à Jean-Paul, celui qui écrit sur le mur.)









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Brève rencontre 

"Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." Elle avait écrit cette phrase sur un bristol en toile suisse d'une élégance raffinée, qu'elle avait glissé dans une enveloppe parfumée.
 D’une main délicate  elle  remis la missive à ce bel homme brun, aux yeux bleus délavés et à la moustache fine, au costume parfaitement taillé dans un tissu prince-de-galles qui le rendait élégant, tandis qu'ils buvaient un dernier verre au bar. Dans quelques instants cela ferait 24 heures qu'ils s'étaient rencontrés.
 Elle lui demanda expressément de ne l'ouvrir que lorsqu'il aurait rejoint sa chambre d'hôtel.
Elle se garda de lui dire qu'elle habitait en face, et pour faire diversion, demanda qu'on lui appelle un taxi pour la reconduire chez elle. « Le reverrai-je ? »,  songea-t-elle en claquant la portière de la voiture, alors qu'il lui faisait un signe du haut des marches de l'entrée de l'hôtel. 

Il grimpa quatre à quatre les escaliers menant vers sa chambre. Sitôt la porte refermée derrière lui, il prit connaissance de cette phrase, qui le laissa dans la plus grande perplexité. Cette sorte d'aveu intime n'avait guère d'intérêt. Et pourquoi lui révélait-elle son âge, qu'elle ne faisait absolument pas du reste. C’était à l'évidence une femme du monde, intelligente, au front dégagé que des cheveux en chignon mettaient en valeur, aux yeux profonds de madone quelque peu prude et à la fois attirante, tant ses gestes délicats étaient susceptibles de faire naître le désir. Mais il n’avait rien fait pour tenter quoi que ce soit en ce sens.

Depuis son appartement, elle l'apercevait dans sa chambre éclairée, assis sur le lit, le bristol à la main. Un frisson lui parcourut l'échine. Désormais il savait tout. Ce soir elle pourrait dormir en paix.

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Repris par le tourbillon de la vie, il n’oublia pas cette rencontre particulièrement singulière. Pourtant il avait roulé sa bosse un peu partout et ne manquait pas d'anecdotes piquantes sur ses aventures nocturnes. Cette femme avait quelque chose d’étrange. Il avait gardé le bristol. Lorsqu'il visita un client boulevard Raspail, il se souvint d'elle avec précision, songeant que cela ne pouvait être uniquement une rencontre du hasard. Il fallait qu'il la retrouve. Nommer ce lieu avait certainement un sens. Il parcourut tout le boulevard  cherchant vainement à reconnaître la maison de sa naissance. C'était tout à fait idiot. Mais qui n'a jamais eu de comportements idiots ?

Il revint chaque soir déambulant, depuis la rue du Bac jusqu’au boulevard Saint-Jacques. Persuadé de la croiser, certain qu'elle avait voulu revenir habiter dans l'appartement de sa naissance. Qu'il fasse soleil, qu'il pleuve ou qu'il vente, il était fidèle à sa déambulation quotidienne. Parfois il croyait l’apercevoir de dos, accélérait l'allure, interpellait une dame qui manifestait son étonnement ou une autre qui le rabrouait sévèrement. Il persévérera pendant plusieurs semaines, ne se comprenant plus, lui l'homme rationnel, comment pouvait-il se laissait aller à ces bêtises d'adolescent. Mais il était un homme, un mâle, et même un homme à femmes. 
Ou peut-être l'homme d'une seule femme. Elle.


Toutefois, sans vouloir se l'avouer, il faut reconnaître qu'il était quelque peu superstitieux et pour forcer le destin il crut avoir une idée définitive et imparable pour la retrouver. « Je vais laisser pousser ma moustache », décida-t-il.

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Pour la petite histoire, je connais bien ce quartier de Paris pour y avoir souvent animé des stages… toute une époque, révolue pour moi…!!

jeudi 2 novembre 2017

Politique d’aménagement du territoire


Voilà plus de 40 ans que celle-ci est commencée. Dès le choix de la première acquisition, le regard se tourna vers l'avenir. La prospective se présenta comme une démarche rationnelle et indispensable. Il s'agissait d'élaborer un plan d'action de nature évolutive, les scénarios possibles à partir de la situation du moment ainsi que les suites possibles qui ne manqueraient pas d'arriver. Restait à savoir lesquelles et quand.

La première fut la nécessité d'agrandir l'espace résidentiel compte tenu de l'évolution de chacun et des besoins nouveaux qui apparurent dans le domaine des modifications professionnelles qui avaient pu être supposées dès l'origine. Le nombre de mètres carrés bâtit augmenta.

La deuxième nécessité qui se fit jour bien des années plus tard fut l’obligation de transformations extérieures afin de permettre une meilleure qualité d'accès aux mètres carrés construits. Comme disaient les habitants à cette époque-là : « Sinon ça va vraiment être galère ! ». S'en suivirent des opérations de nivellement, d'assainissement, de voirie et autres choses semblables.

La troisième nécessité fut la conséquence des suites d'une chute sur-invalidante qui rendit indispensable le décloisonnement et le recloisonnement de certaines parois verticales de la propriété, ainsi que de repenser totalement les équipements sanitaires.

La quatrième phase eut trait à un certain confort permettant l'accès au jardin sans l'aide d'une tierce personne. Des travaux de terrassement et l'ingéniosité des personnes compétentes fit merveille.

La cinquième nécessité apparut lorsque les changements élaborés à la troisième phase se montrèrent insuffisants en raison du vieillissement général. Le recours à des nouveaux appareillages sophistiqués, électriques, et probablement prochainement robotisés, se révéla indispensable au maintien d'une autonomie honorable.

Nous en sommes là.
Il est évident qu'une sixième phase, dont dont il n'est pas encore possible de  dessiner clairement les contours, se dévoilera un jour ou l'autre. Il faudra alors faire face à de nouveaux aménagements, à moins, bien entendu, que ne soit mis en évidence l'impératif d'aller sur un autre territoire.

Ce sera alors certainement le commencement de la fin.