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lundi 20 novembre 2017

En Croisière (chez Lakevio)



L'un des personnages écrit une lettre de voyage... 

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Chère Hildegarde, ma tendre cousine tant aimée,

Si tu savais comme je suis heureuse, tu te réjouirais avec moi, j'en suis certaine.
Ce long voyage vers les îles lointaines, comme je t'en avais fait part, m’inquiétait quelque peu. S'embarquer seule pour cette aventure, avoue qu'il fallait du courage, même si Paul m'avait affirmé que ce bateau de croisière luxueux n'était fréquenté que par des personnes de haute qualité et que je ne courais donc aucun danger. Quoi qu’il en soit, il me fallait coûte que coûte rejoindre ton père là-bas, si loin, puisque désormais vivre en France était impossible pour moi. Je ne remercierai jamais assez ton père d'avoir compris ma détresse, abandonnée de tous, et envahie du désespoir.

Sur ce bateau il m'est arrivé une aventure singulière, que je veux te raconter en toute confiance, car je sais que tu n'iras pas le répéter, et que nous nous sommes toujours dit tous nos petits secrets.

En tant que fille de bonne famille, j'avais demandé, je dirais même exigé, d'être seule à table lors des repas et si possible dans un coin retiré de l'immense salle à manger du paquebot. Or, si cela fut possible durant plusieurs jours, après notre première escale,  nous eûmes un passager supplémentaire, qui n'était pas prévu, et le Commandant en personne me demanda si je voulais bien l’accepter à ma table pour les repas, m'affirmant qu'il s'agissait d'un représentant officiel de Sa Majesté britannique et qu'en conséquence je ne devais nourrir aucune crainte. J'ai évidemment protesté avec véhémence, comme tu t'en doutes bien. C'est que je ne l'avais pas encore aperçu cet homme. Mais, tandis que je plaidais ma cause, le représentant de Sa Majesté britannique se dirigea vers ma table dans un uniforme impeccable. Il était grand, blond aux yeux bleus, un visage parfait et un immense sourire qui me troubla instantanément. Je crois que je devins cramoisie, et le Commandant du paquebot compris alors que mon attitude signifiait un « oui » pour le partage de la table.

C'est comme cela que tout a commencé. Depuis nous sommes inséparables. Douglas (oui, il s'appelle Douglas) est absolument charmant, pour ne pas dire charmeur, avec son accent délicieux, presque sensuel, quand il s’exprime en français. Il a de la conversation et une grande culture. Pas plus tard qu'hier soir, sur le pont supérieur où l’air était doux aux senteurs marines, alors que nous prenions un agréable rafraîchissement, il s'est mis à me déclamer en anglais des vers de Shakespeare. Je crois que c'était le fameux « to be or not to be », mais je n'en suis pas sûre, son anglais n'étant nullement académique. Et puis tu sais bien que je suis nulle en anglais. Quoiqu'il en soit, je me suis imaginé qu'il me fallait comprendre quelque chose comme : «  Toi et moi, être ou ne pas être ensemble… » parce qu'en même temps il m'a pris la main à la fois délicatement mais en pressant mes doigts passionnément. J’en ai ressenti des frissons tout au long de l’échine et pour la première fois ce fut si intense que je n’ose te dire à quoi j’ai songé.

Ah ! Ma chère cousine, je crains d'entrer dans les tourments de l'amour. Tu sais combien cela m'a valu des déboires l'an dernier, aboutissant à ce départ précipité. Je devrais tirer des enseignements pour l'avenir de cette malheureuse expérience passée, abandonner mon côté romantique pour revenir à la dure réalité qui m'attend chez ton père, si loin de tout et de tous ceux que j'ai aimés. Non pas que je  craigne particulièrement ton père, mais c'est pour moi que je crains, moi et mes incapacités à mener ma vie comme il se devrait, moi qui me comporte en girouette, moi qui ne peux résister longuement aux hommes, moi qui finis toujours par le regretter, amèrement.

Quand cette lettre te parviendra, si elle te parvient un jour, j'aurai peut-être trouvé un bonheur définitif, ou, à l'inverse, j’aurai sombré dans le désespoir le plus profond. Mais,  je te le redis, cette nuit  je suis heureuse. Douglas est un amant merveilleux. Il vient de regagner sa cabine.

Ne m'oublie jamais s'il te plaît, mon Hildegarde. Garde bien en toi combien nous nous sommes tant aimées.

Marceline.

32 commentaires:

  1. Les traversées transatlantique d'autrefois étaient propices aux aventures de toute sorte.
    Maintenant on prend des vols locoast... Changement d'époque !

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    1. Et oui… et en plus pendant le vol, on a les yeux rivés sur son Smartphone ! ....

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  2. Voilà ce qu'il advient lorsqu'on laisse les filles (de bonne famille) voyager sans chaperon!

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    1. Disons pour une fille de bonne famille… elle a déjà largement « jeté sa gourme »....
      ;-)

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  3. Laisser voyager seule cette jeune fille n'est pas raisonnable du tout ! Mais le "septième" ciel n'attend pas, n'est-ce pas ?!!!

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    1. Était-on si raisonnable que ça dans ce bon vieux temps… ?

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  4. Espérons que la traversée ne se termine pas en nausée, la tête penchée au-dessus du bastingage... ou pire, en naufrage !
    Ainsi va l'amour...

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    1. ah oui !! Comme dans le texte d'une autre participante… :-)

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  5. Mais il est très bien ce Douglas, faut qu'elle arrête de papillonner, il y a un temps pour tout dans la vie... j'ai envie qu'ils soient heureux, ensemble ;-)

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    1. Je vois que tu as bon goût !…

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  6. Les relations lesbiennes t'inspirent on dirait? ;) La bisexualité est plus qu'à la mode: il semblerait qu'elle soit naturelle chez l'être humain...m'enfin moi ça me dit rien. Hihi.

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    1. Mais non voyons, ce n'était que des amoures enfantines…
      ;-)

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  7. Elles étaient drôlement délurées, ces demoiselles du temps d'avant !

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  8. Et bien, je lui souhaite d'être très heureuse avec ce beau Douglas, peut être en arrivera-t-elle à apprendre l'anglais !!

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  9. Tu as bien évoqué l’atmosphère du "siècle passé", dans un langage "siècle passé", d'une jeune fille de bonne famille!
    On se demande aussi quel est l'événement qui a provoqué son éloignement! Tu ne le dis pas, et donc un certain suspense naît de cette ambiguïté!
    Comme souvent chez toi, ce texte est plein d'interrogations...
    et cela me plait!

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    1. ambiguité qui naît aussi des termes d'affection de l’héroïne pour Marceline!

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    2. En effet, j'ai essayé d'avoir un langage « de l'époque »
      Il est vrai aussi que j'aime bien laisser planer pas mal d'ambiguïtés laissant au lecteur plusieurs choix d'interprétation possible.
      Merci pour ton commentaire pertinent.

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    3. mais avec plaisir mon chéri! ;-))

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  10. Elle aurait pu avoir quelque chose des "Boucanières" d'Edith Wharton, mais quelque chose me dit qu'elle est trop sensible... Elle va tout droit vers le destin des filles de la Belle Epoque, celle qui ne le fut clairement pas pour tout le monde (et ce n'est pas qu'une histoire de petite cuillère en argent).

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    1. Deviendra-t-elle une « cocotte » ? une demi-mondaine de la Belle Époque ? hélas tout est possible…
      je n'avais pas envisagé cela, mais la déchéance guette parfois…
      Ah ! la Belle Époque. Pas pour tous évidemment… c'est comme les 30 Glorieuses… pour qui ? Sans doute pas pour les Algériens qui construisaient nos HLM pourris aujourd'hui…

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  11. Ce qui est rassurant, c'est que où elle aille, elle trouvera toujours un être à aimer... Tout le reste est bien inquiétant.

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    1. Sans doute a-t-elle un cœur d'artichaut… dans ce cas elle est prête pour l'effeuillage……
      ;-)

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  12. Charlotte20/11/17

    J'adore... l'écriture, l'histoire d'amour, le contexte si bien rendu...On se croirait dans le Titanic. Pourvu qu'il n'y ai pas de naufrage.
    Un grand Bravo

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    1. Ça ira, vu qu'elle ne s'appelle pas la Tit'Annick !!
      merci d'avoir apprécié

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  13. Si Marceline joue à la sainte-nitouche, je lui pique son Douglas. :-)) Foi de Dédé. Bises alpines et merci pour ce retour dans le temps. On se croirait presque sur le Titanic.

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    1. Si c'est cela… la fin sera glaçante !

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  14. Une histoire bien romantique. Les cœurs se balancent entre les vagues et ils avaient du temps pour se connaître.

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    1. Voila !
      Une histoire simple en quelque sorte…
      ( mais une Marceline un peu complexe quand même…)

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  15. Jade et Camille, le retour ? ;-)
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Mais non, voyons !
      Des amours enfantines à l'occasion de cousinades !!
      ;-)

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