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mercredi 6 décembre 2017

En ce temps-là, Johnny…



Vers 17 heures s'ouvrait le bar.
Enfin, ce que nous appelions le bar. Dans le vaste hall au bas de la grande pente, celle qui menait en trois zigzags du « château » à la grande salle commune pour les activités diverses, et au couloir des chambres.

Monsieur Morin, adjoint à l'éducateur chef, ouvrait le bar. C'était simplement un comptoir en bois, enfin nous disions que c'était un comptoir. Derrière on y rangeait toutes sortes de choses dans des placards fermés à clé. Mais il y avait « le placard du bar » que Monsieur Morin ouvrait. C'était l'heure où l'on pouvait « commander » une boisson, et payer par chèque. Oui, nous avions des chèques, et un compte en banque, tenu par Monsieur Morin en personne, malgré nos 12,13 ou 14 ans.

« Le bar et le chéquier s'inscrivent dans le processus éducatif », avait expliqué le Directeur à  mes parents. Le compte en banque était alimenté par des points gagnés en rééducation, et attribués par les kinés, en fonction de nos efforts. Pour trois points, on pouvait avoir un verre d'eau avec dedans un sirop au goût indéfinissable. Pour 10 points, on accédait à un véritable jus de fruits, en tout cas quelque chose qui avait un goût véritablement sympathique de raisin. Et comme cela avait la couleur du vin, certains s'imaginaient que s’en était et donc qu'ils étaient devenus « des grands ». Pour 25 points il était possible de choisir une « bricole » venue d'on ne sait où. Pour 500 points on nous promettait un cadeau surprise extraordinaire ! Seulement voilà, pour autant que je me souvienne, personne n'avait la patience économe d'attendre de disposer d'un tel magot.

Un jour Monsieur Morin laissa la responsabilité du bar Monsieur Claude. C'est alors que celui-ci arriva, ouvrit le bar comme chaque jour, et posa sur le comptoir « un poste à transistors » qui fonctionnait avec une très grosse pile. Il appuya sur un interrupteur doré et l'on entendit  ce que par la suite on appela un jingle : 

« S.L.C…. Salut les coooopaaaaains ! »

Rapidement on fit connaissance avec Daniel Filipacchi et Frank Ténot


Et puis arriva Johnny….. 


Et chaque jour, grâce à Monsieur Claude, nous étions tous comme des fous, dans nos chariots plats, nos fauteuils roulants à 3 roues, nos orthèses ou nos plâtres de contention…
 autour du « poste à transistors » qui fonctionnait avec une grosse pile… !
à écouter Johnny, Sylvie, Vince Taylor, les chaussettes noires,  Lucky Blondo, du rock et du twist et bien d'autres…

Tout cela m'est revenu tout à l'heure, apprenant le décès de Johnny Hallyday. 
Souvenirs souvenirs du début des années 1960. 

Et alors, mes yeux se sont mouillés…

14 commentaires:

  1. Et moi je suis émue en te lisant. Emue parce que tes yeux se sont mouillés. Tant de souvenirs pour beaucoup d'entre nous sur ces chansons qui, sans nul doute, deviendront éternelles. Adieu Johnny.

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  2. Un monstre sacré. Avec un charisme et un talent hors du commun.
    Et une voix inoubliable.
    Bisous émus, mon Babar,
    merci
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  3. Ton texte m'a touchée...

    Bises,
    July

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  4. C'est le propre des chanteurs, leurs voix nous accompagnent tout autant que leurs chansons, comme des amis. Surtout dans des circonstances particulières comme celle que tu nous contes... Mais la voix est immatérielle, elle ne meurt jamais, elle!
    J'avais quelques 45 tours, petite, dont l'un avec une chanson que je passais en boucle "les coups". Je la connais toujours par cœur.
    Bise émue

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  5. Anonyme6/12/17

    Souvenir exceptionnel et émouvant. J'aime beaucoup ce monsieur Claude.

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  6. Il fait partie de notre histoire à tous, nous avons tous notre propre souvenir de Johnny, ou une histoire qui y est liée. La tienne est particulièrement forte. Et Monsieur Claude bien sympa aussi. :)

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  7. Monsieur Claude il avait un coeur grand comme ça avec son poste à transistor et cette offrande de chansons et de musiques !

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  8. Pensées très émues. Un autre monstre sacré francophone s'en est allé. C'est tout un monde qui commence à disparaître...

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  9. un commentaire de Manou.... reçu par mail
    Impossible de laisser des coms chez toi alors je te le laisse ici et merci pour tes mots....
    "Qu'on l'aime ou pas il fait parti de notre histoire! sympa ce monsieur Claude!"
    manoudanslaforet

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  10. Deuxième essai pour laisser un commentaire…
    Comme toi, j'ai eu des souvenirs qui sont venus mouillés mes yeux à l'annonce de ce décès.
    Johnny nous a accompagné dans différents moments de notre vie et ce qui est beau dans ton histoire c'est aussi ce Monsieur Claude qui a servi de lien pour agrandir votre horizon.
    Belle journée…

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  11. Charlotte7/12/17

    Certaines de ses chansons me faisaient entrer en transes... De 62 à 64 J'écoutais ses chansons sur un petit tourne disque dans la brousse au Rwanda et je dansais le twist notamment sur l'air de "Twist à Saint Tropez" Je me rappelle les fous rires de mes élèves ( qui étaient rwandaises) devant cette danse qui n'a rien à voir avec les leurs!

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  12. Merci pour ce beau moment d'émotion. La mort de Johnny me marque bien plus en tant que remontée de mes souvenirs qu'en tant que mort d'un chanteur qui m'était assez indifférent ... Mais des milliers d'yeux de baby-boomers sont mouillés, aujourd'hui.

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  13. Très touchant et en effet comment ne pas laisser couler une petite larme, notre Jojo national n'est plus et sans lui nous voilà tronqué de notre enfance, notre adolescence, "souvenirs, souvenirs, "pour moi la vie va commencer, ou encore "20 ans" que des tubes qui ont traversé notre existence que l'on soit fan ou non.

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  14. MERCI À CHACUN/E POUR VOS COMMENTAIRES
    Je ne sens pas avoir répondre à chacun/e en particulier, vous avez pu exprimer vos propres sentiments.
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    Plusieurs ont évoqué Monsieur Claude. de ce fait, je vous en dis quelques mots…
    C'est l'homme qui m'a accueilli lorsque je suis arrivé au Centre en ambulance. On me l'a présenté en me disant : « voilà Monsieur Claude, c'est lui qui sera ton éducateur » ce mot éducateur m'a fait frissonner ! Si on m'avait dit voici ton gardien de prison, ton garde-chiourme, c'eut était la même chose…! pourtant il me souriait. J'ai aussitôt pensé : il sourit devant mes parents, mais dès qu'ils seront partis, ça ira sûrement très mal pour moi.

    Monsieur Claude était un bel homme, grand, brun, musclé, un visage quelque peu à la Delon.... je suppose qu'il devait être le chouchou de ces dames ( éducatrices, Kinées, ergothérapeute et personnel soignant…) mais j'étais trop jeune pour me préoccuper de tout cela… !

    Heureusement, par la suite, j'ai réalisé que ma première impression fut très mauvaise et fausse. Monsieur Claude était un homme juste et bon et en même temps d'une fermeté claire. Et c'est vrai que avec le recul, nous, jeunes Zhandis, pouvons lui rendre un grand hommage…et remercier Johnny !

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