mardi 30 janvier 2018

Estime de soi


C'est ce matin là qu'il avait décidé de se vouvoyer dans l'intimité, lorsqu'il se parlerait à lui-même.
Il eut alors le sentiment d'une avancée significative dans son processus de valorisation personnelle.

Il y avait trop longtemps qu'il se tutoyait, et en conséquence se rabaissait à ses propres yeux, comme un patron tutoie ses ouvriers, ou un flic tutoie les Arabes.







lundi 29 janvier 2018

Le nouvel interdit




 10 mots à placer, chez les lundis de Lakevio

pourriture - dilettante - carpaccio - ecchymoses - roulage — tenture - équivoque - pourchasser - S’abstiendra


En fait il n'y a que neuf mots… un dixième été rajouté mais après que j'ai écrit mon texte… Tant pis, fallait pas oublier au départ !







Le nouvel interdit

— Bien sûr que ce n'est plus comme avant, qu'est-ce que tu crois, maugréa Ernestine en avalant son carpaccio sans conviction, la tête dans sa main, penchée sur son assiette, l'autre remuant sa fourchette d'un geste désespéré. 
— Depuis qu'ils ont supprimé l'autorisation d'utiliser certains mots dont la liste ne cesse de s'allonger, je frôle le désespoir le plus profond, celui qui vous fait toujours des ecchymoses à l'âme.

— Ils ont promis que ce ne serait que provisoire, tenta de la rassurer  Gontran, asssis auprès d'elle en lui passant la main dans les cheveux qu'il embrassa.

Ernestine trouva cette attitude équivoque. Gontran, d’habitude retenait ses gestes affectueux et gardait toujours une distance physique suffisante. Là, c'était quelque peu curieux. Avait-il de troubles intentions ? Ou se montrait-t-il sincère face au désespoir d'Ernestine ?

Bien entendu cette interdiction des autorités était plus que discutable. Ce n'est pas parce que quelques-uns, sur certains réseaux sociaux, s'étaient mis à utiliser des mots déplacés, ou à connotations sexuelles qui bravaient les interdits religieux, qu'il fallait en arriver à de telles extrémités. 

Ernestine venait de recevoir la nouvelle liste des mots interdits, à bien se rentrer dans la tête. Celle-ci s'était encore allongée de 600 mots, classés en trois catégories, suivant les peines pénales qui seraient appliquées en cas d'infraction. Les autorités avaient été particulièrement claires : les forces de l’ordre devaient pourchasser immédiatement  toute personne qui emploierait un mot interdit, que ce soit en public, en privé, par écrit ou par oral, dans un quelconque organe de presse ou sur le net. Chacun devait s'attendre à de fortes amendes, et pour les récidivistes, à de la prison.

— Ce gouvernement est une véritable pourriture. Ernestine s'autorisa à penser ce mot interdit.  Mais bien entendu elle ne l’écrirait nulle part, puisqu'il figurait sur la liste.

Les colleurs officiels d'affiches avaient envahi la ville, placardé partout le nouveau slogan :
« des mots interdits chacun s'abstiendra
si besoin ton voisin tu dénonceras »,
avec comme fond d'image un visage sombre et menaçant coiffé d'un casque militaire, l'index pointé vers le lecteur comme une menace imminente.


Ernestine était journaliste dans l'hebdomadaire : « Révolte pacifique ». C'est dire si elle était affectée au plus haut point par ces décisions du sommet de l'État militarisé. Elle avait même pensé mettre fin à ses jours en se pendant à une tenture dans un geste de résistance dérisoire. Comment pouvait-on  à ce point porter atteinte à la liberté d'expression ?

Gontran, comme d'habitude, prenait de la distance, enfin, c'est ce qu'elle croyait, parce qu'il avait toujours cette attitude de dilettante, qui le caractérisait depuis qu'elle le connaissait. Elle ignorait tout de ses engagements et à quel point il risquait sa vie.

— Cesse de te faire du souci, répétait-il, et cela agaçait Ernestine au plus haut point.
 Ça ne va pas durer, ils vont réaliser leurs bêtises avec cette interdiction absurde. T’inquiète ! Le roulage de la vie ordinaire va se poursuivre, et tout va rentrer dans l'ordre.

C'est à ce moment qu'on tambourina violemment à la porte.  Gontran alla ouvrir. 

Ernestine,  immobile et figée ur place dans le salon, perçut comme les bruits d'une bagarre. Puis une détonation. Puis le bruit d'un corps qui s'écroule. Puis elle entendit prononcer des mots interdits :
— « Merde, espèce de gland, pourquoi t’as tiré fils de pute, connard, tu  fais vraiment chier on va avoir des emmerdes ! »

Ernestine s’écroula et ne put entendre aucun autre mot.

Plus tard, le médecin légiste conclut à une crise cardiaque foudroyante.
Le corps de Gontran ne fut jamais retrouvé.


jeudi 18 janvier 2018

Individualisme vs solidarité

 Plusieurs événements que j'ai pu vivre ces temps-ci m'ont amené une fois encore à constater combien les interactions qui se nouent entre les personnes sont souvent très bénéfiques pour chacun.
Je suis toujours frappé par cet esprit de solidarité qui préside aux engagements très humains.
Je suis toujours ramené à cette question : peut-on progresser en humanité sans solidarité ? Et, si je vais jusqu'au bout, je dirais : sans fraternité… 

Mais je constate aussi une confusion entre solidarité et déviances de certains  collectifs de lutte, lesquels se montrent parfois furieusement ressemblant à un amalgame suscité par la recherche de l'égoïsme et de l'individualisme. Ces collectifs, aux apparences angéliques, se rendent-ils compte qu'ils font le jeu du capitalisme ?
Ainsi, à titre de simple exemple, des systèmes qui font un tabac, tels les « pétitions en ligne » sont financés par entreprises et banquiers, qui s'enrichissent sur la crédulité des signataires (*).


Dans un monde où l'économie capitaliste s'enrichit en faisant en sorte que se développe l'individualisme, il y a de quoi s'interroger sur nous-mêmes.
L'individualisme, et l'extraordinaire leurre des rézosocios, qui cultivent l'isolement de chacun dans sa bulle et devant son écran de Smartphone, sont une manne extraordinaire pour le monde économique capitaliste. C'est bien connu : l'isolement génère la recherche compensatoire par la surconsommation de biens matériels de tous ordres, de l'électronique à l'alimentaire, exutoires à la déprime. Le bonheur est en vente libre dans les grands magasins. On vous le promet à grand renfort de spots publicitaires à longueur de journée. Le système  atteint son apogée de perversité, lorsque chacun de nous déclare qu'il n'est nullement influencé par la publicité. 
Ainsi l’enrichissement des déjà riches est porté à son sommet.

A l'autre extrême la pauvreté matérielle et affective gagne du terrain… mais il ne faut pas s'inquiéter, le capitalisme consumériste et les organismes de crédit sont là pour nous vendre le bonheur frelaté si savamment commercialisé.
Observons d'ailleurs que ce sont nos fils, nos filles, nos petits-enfants, qui apprennent doctement dans chaque école de commerce, comment voler le peuple et lui vendre du vent et de l'inutile.

Achetons ! Achetons ! Il n'en restera rien que du fade ou de l’amer dans la bouche… 
Alors de nouveau :
Achetons ! Achetons ! Cette fois c'est promis : ce serait du sucré !
 La boucle est bouclée.
 Mais qu'importe… réjouissons-nous d'enrichir les riches. 
Nous aurons au moins fait cette bonne action…

… À moins que je ne reprenne ma propre boucle :

 Plusieurs événements que j'ai pu vivre ces temps-ci m'ont amené une fois encore à constater combien les interactions qui se nouent entre les personnes sont souvent très bénéfiques pour chacun.
Je suis toujours frappé par cet esprit de solidarité qui préside à des engagements très humains.
Je suis toujours ramené à cette question : peut-on progresser en humanité sans solidarité. Et, si je vais jusqu'au bout, je dirais : sans fraternité… ?


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(*) le "pétition-business" se porte bien : un site compte aujourd'hui plus de 96 millions d'utilisateurs dans le monde, parmi lesquels 4,5 millions d'utilisateurs français. Plus de 35 000 nouvelles pétitions y sont déposées chaque mois, soit le double d'il y a deux ans.
 250 salariés dans 18 pays.Ce site a les moyens de faire tourner la boutique : financé pour une large part par quelques riches entreprenneurs  à hauteur de 25 millions de dollars.
(source Le Monde)
Vous signez ?

lundi 15 janvier 2018

Lundi c'est consigne ...






Devoir :

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Alors, tu vas vraiment faire ça ?" (emprunt à Nathalie, qui retourne en Enfance.)
2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je ne veux pas mécontenter ces messieurs dont les articles sont si utiles." (emprunt à Paul, le petit ami.)

Entre les deux, casez ce que vous voulez !







— Alors tu vas vraiment faire ça ? Demanda Anastasia à sa cousine Léopodine. C’était là une de ses phrases rituelles. Elle s'extasiait de tout, avec des interjections dont elle était coutumière. Du style : « oh comme c'est étonnant ! — Non ? Bah ça alors ! — C'est franchement incroyable ! » Et autre chose du genre…
Mais cette fois, ce que Léopoldine venait de lui annoncer était une nouvelle qui ne manquerait pas de faire du bruit.

Comme c'était leur habitude, nos deux amies prenaient le thé dans le petit salon de la tante Louise qui avait mis à leur disposition sa demeure trop vaste pour elle, tandis qu'elle séjournait à la montagne pour soigner ses poumons. De mauvaises langues laissaient courir le bruit qu'il s'agissait en réalité d'une de ces maladies intimes que les femmes volages attrapaient et qui était à proprement parler une punition du ciel.
Nos deux femmes n'en avaient cure. Et puis elles ne craignaient rien, elles appartenaient à cette génération moderne qui savait prendre ses précautions. Il fallait en profiter, avant que les ravages du temps ne fassent leur œuvre néfaste, et ne les oblige à se contenter de parties de croquet les beaux jours, et d'interminables tournois de bridge ou  de whist durant la mauvaise saison.

— Tu comprends, expliqua Léopoldine, cela ne peut plus durer. J'en ai véritablement assez de tout faire dans l'ombre, sous prétexte que je suis une femme, et qu'une femme se doit d'être discrète, surtout sur le sujet dont je viens de t'entretenir.

— Mais quand même, rétorqua Anastasia qui voulait la mettre en garde, mais quand même qu'est-ce que l'on va penser de toi, une femme de ton rang. Tu n'imagines pas le scandale que cela va provoquer. As-tu pensé à ton père ? Lui qui est respecté de tous lorsqu'il prend la parole à la Chambre et dont les propos politiques sont toujours très mesurés et pleins de bon sens.

— Vois-tu, ma chère cousine, la vérité doit toujours éclater. Et puis je suis de plus en plus mal à l'aise d'agir ainsi dans l'ombre, de me dissimuler, et, en quelque sorte, de porter symboliquement des habits qui ne correspondent ni à ma situation, ni à mon sexe. Moi qui veux prendre la défense des femmes, à l'image d’Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant, il est temps que je fasse la vérité au grand jour.

— Crois-tu que lorsque tu auras révélé qui se cache derrière le nom de Pierre Géringer, journaliste qui écrit quotidiennement  dans « l'Aurore — journal d'information du matin » tu ne t'attireras pas les foudres du Tout-Paris, toi la fille d'un Ministre respecté de tous ?

— La vérité à ses droits. La semaine prochaine  le journal « Le National » dévoilera ma supercherie. Tout le monde saura que c'est moi qui me dissimule sous le nom de Pierre Géringer, le célèbre éditorialiste de l'Aurore.

— Ah ! Mais il n'en est pas question ma chère cousine, éructa violemment Anastasia. Tu avais promis à mon père, rédacteur en chef de l’Aurore, de te taire sur ce point. Tu avais même prêté serment. Sois assurée que je ferai tout pour t'en empêcher. Nous te ferons taire par tous les moyens, crois-moi. Et puis tu sais pertinemment que j'ai plusieurs amants journalistes de ce journal. Tes révélations mettraient tout cela en péril et je ne veux pas mécontenter ces messieurs dont les articles sont si utiles.

**
*


. Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant = Le véritable nom de George Sand
. Pierre Géringer = une des principales plumes du journal « l'Aurore ».

mercredi 10 janvier 2018

Blog photos

Cela faisait quand même un bon bout de temps
 que j'avais laissé tomber en désuétude mon blog-photos.

 je viens de lui donner un peu de rajeunissement


 j'espère que quelques-unes vous plairont…

lundi 8 janvier 2018

On se remet au travail chez Lakévio







Après les fêtes, la vie reprend son cours...








Ah ! Les bonnes résolutions…

Cette fois sa résolution serait tenue.
Elle était bien décidée à ce que les choses changent.
On allait voir ce qu’on allait voir en cette nouvelle année.
Plus question de prendre des gants avec quiconque.
Terminé le temps où elle se laissait marcher sur les pieds au bureau.
Il ne suffirait plus que son patron lui lance des fleurs.
Que son chef direct emballe des compliments dans du papier de soie sous prétexte d'effectuer des heures supplémentaires non payées.
Elle ne serait plus la tulipe de service.
Désormais elle exigerait que l'on soit aux petits soins avec elle.
Qu'on lui propose à chaque instant un coussin de velours.
On allait voir ce qu'on allait voir

*


– Alors Mademoiselle Bécassine : encore en retard ! ?
— Mil pardon Monsieur le directeur les trains n'étaient pas à l'heure.
— Vous resterez ce soir pour finir le travail que vous avez salopé la semaine dernière. Évidemment vous ne serez pas payée pour ça.
— Oui, Monsieur le directeur ; parfait, Monsieur le directeur ; je suis à vos ordres, Monsieur le directeur ; j'obéirai à tout Monsieur le directeur… Comme toujours…
— J’exige de vous ce minimum Mademoiselle Bécassine. Tenez-vous le pour dit.



dimanche 7 janvier 2018

Marathon d'écriture

Comme je le fais périodiquement depuis une bonne dizaine d'années, j'organise un nouveau marathon d'écriture qui s'ouvrira bientôt.
 Si cela vous intéresse…

Le 12 ème Marathon se déroulera ...
du vendredi 20 janvier au vendredi 26 janvier 2018

un marathon d'écriture consiste à s'engager à écrire en continu durant plusieurs heures, et à publier sur le forum toutes les heures.
le minimum d'écriture est de 3 heures d'affilée, 
on peut écrire pendant 5, 8, 10 heures...
pas de limite maximale de durée...


 à bientôt peut-être sur le Marathon !

mardi 2 janvier 2018

Voeux pas.....

... trop passer
pour un nain gras...

Alors :