lundi 15 janvier 2018

Lundi c'est consigne ...






Devoir :

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Alors, tu vas vraiment faire ça ?" (emprunt à Nathalie, qui retourne en Enfance.)
2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je ne veux pas mécontenter ces messieurs dont les articles sont si utiles." (emprunt à Paul, le petit ami.)

Entre les deux, casez ce que vous voulez !







— Alors tu vas vraiment faire ça ? Demanda Anastasia à sa cousine Léopodine. C’était là une de ses phrases rituelles. Elle s'extasiait de tout, avec des interjections dont elle était coutumière. Du style : « oh comme c'est étonnant ! — Non ? Bah ça alors ! — C'est franchement incroyable ! » Et autre chose du genre…
Mais cette fois, ce que Léopoldine venait de lui annoncer était une nouvelle qui ne manquerait pas de faire du bruit.

Comme c'était leur habitude, nos deux amies prenaient le thé dans le petit salon de la tante Louise qui avait mis à leur disposition sa demeure trop vaste pour elle, tandis qu'elle séjournait à la montagne pour soigner ses poumons. De mauvaises langues laissaient courir le bruit qu'il s'agissait en réalité d'une de ces maladies intimes que les femmes volages attrapaient et qui était à proprement parler une punition du ciel.
Nos deux femmes n'en avaient cure. Et puis elles ne craignaient rien, elles appartenaient à cette génération moderne qui savait prendre ses précautions. Il fallait en profiter, avant que les ravages du temps ne fassent leur œuvre néfaste, et ne les oblige à se contenter de parties de croquet les beaux jours, et d'interminables tournois de bridge ou  de whist durant la mauvaise saison.

— Tu comprends, expliqua Léopoldine, cela ne peut plus durer. J'en ai véritablement assez de tout faire dans l'ombre, sous prétexte que je suis une femme, et qu'une femme se doit d'être discrète, surtout sur le sujet dont je viens de t'entretenir.

— Mais quand même, rétorqua Anastasia qui voulait la mettre en garde, mais quand même qu'est-ce que l'on va penser de toi, une femme de ton rang. Tu n'imagines pas le scandale que cela va provoquer. As-tu pensé à ton père ? Lui qui est respecté de tous lorsqu'il prend la parole à la Chambre et dont les propos politiques sont toujours très mesurés et pleins de bon sens.

— Vois-tu, ma chère cousine, la vérité doit toujours éclater. Et puis je suis de plus en plus mal à l'aise d'agir ainsi dans l'ombre, de me dissimuler, et, en quelque sorte, de porter symboliquement des habits qui ne correspondent ni à ma situation, ni à mon sexe. Moi qui veux prendre la défense des femmes, à l'image d’Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant, il est temps que je fasse la vérité au grand jour.

— Crois-tu que lorsque tu auras révélé qui se cache derrière le nom de Pierre Géringer, journaliste qui écrit quotidiennement  dans « l'Aurore — journal d'information du matin » tu ne t'attireras pas les foudres du Tout-Paris, toi la fille d'un Ministre respecté de tous ?

— La vérité à ses droits. La semaine prochaine  le journal « Le National » dévoilera ma supercherie. Tout le monde saura que c'est moi qui me dissimule sous le nom de Pierre Géringer, le célèbre éditorialiste de l'Aurore.

— Ah ! Mais il n'en est pas question ma chère cousine, éructa violemment Anastasia. Tu avais promis à mon père, rédacteur en chef de l’Aurore, de te taire sur ce point. Tu avais même prêté serment. Sois assurée que je ferai tout pour t'en empêcher. Nous te ferons taire par tous les moyens, crois-moi. Et puis tu sais pertinemment que j'ai plusieurs amants journalistes de ce journal. Tes révélations mettraient tout cela en péril et je ne veux pas mécontenter ces messieurs dont les articles sont si utiles.

**
*


. Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant = Le véritable nom de George Sand
. Pierre Géringer = une des principales plumes du journal « l'Aurore ».

14 commentaires:

  1. Quelle santé de fer, cette George Sand! Les cougars d'aujourd'hui n'ont qu'à bien se tenir!

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  2. Elles furent si nombreuses, ces auteures condamnées en quelque sorte à ne pas être telles qu'en elles-mêmes, cachées derrière un pseudo masculin (comme la très contemporaine Fred Vargas) ou limitant leur prénom trop révélateur à la seule initiale; sans compter celles dont le travail a été signé sans vergogne par un homme, comme Colette.
    Les femmes (et la littérature) doivent beaucoup à George Sand et à Colette.
    :-)

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    1. Malheureusement, la persistance d'aujourd'hui que tu soulignes avec Fred Vargas continu d'être une désolation. Comme s'il fallait sans cesse recommencer.
      Toutefois nous progressons, certes très lentement, vers cette reconnaissance mutuelle et complémentaire qui fait la richesse de l'humanité dans sa diversité sexuée.
      Mais comme dit l'autre : il y a encore du taf !

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  3. AH ! Magnifique ! Il lui faut en effet bien du courage. ces femmes, pionnières, talentueuses et revendicatrices ont toute mon admiration.
    Merci, Alain.

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    1. Ce tableau m'avait frappé sur la condition féminine de l'époque…
      si les choses évoluent, cependant rien n'est définitivement gagné.
      Les pionnières d'aujourd'hui sont toujours nécessaires.

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  4. J'aime beaucoup ce texte qui rend hommage aux combats de la femme dans ce qu'ils ont de plus noble.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Je comprends parfaitement que tu apprécies ce petit texte issu de cette consigne…

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  5. Une très belle interprétation de cette image.
    Amusant j'ai un thème photo à illustrer et j'ai aussi pensé à Georges Sand. Ca ne va pas être simple. :)

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    1. Y aura-t-il quelque chose sur ton blog à propos de cette mais illustrée ?
      Bonne inspiration quoiqu'il en soit !

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  6. Très beau texte ! la libération de la femme passe par la possibilité de pouvoir exercer tous les métiers !!

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    1. Toi, sur ton texte, tu les as déjà libérées de leurs corsets ! ;-)
      Merci pour ton appréciation.

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  7. Anonyme26/1/18

    C’est un bel hommage

    Val ( qui n’a pas de compte Google, enfin si mais c’est compliqué)

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    1. Du moment que je sais que c'est toi…
      merci pour l'appréciation !

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