vendredi 30 mars 2018

Les mères éphémères


Giovanni Segantin - La mauvaise mère (clic)

Longtemps j’ai pensé que j'allais trouver enfin
 la mère tant espérée.

Différente de la mienne.
Une mère authentique en amour.




Giovanni Segantin-  l'ange de la vie (clic)



Avant de réaliser que j'avais eu des mères
temporaires, provisoires, attentionnées.

Elles ont traversé mon existence
 et me furent bénéfiques, 
sans que je m'en aperçoive 
en ce temps-là.

En cet instant, je leur rends hommage.

mardi 27 mars 2018

L'éternité est un temps vertical.

Tout récemment, j'ai lu ceci dans un extrait de « La beauté du monde » de Michel Le Bris :
« L’éternité, ce n’est pas le temps des horloges en un peu plus long, mais un temps « autre » ?
Vertical ? »
Mais je supprime le « ? » de l'auteur et retiens ce que j'ai écrit en titre.

J'ai l'impression que cette formulation exprime d'une manière imagée comment je ressens l'éternité comme une verticalité vertigineuse, mystérieuse et si simple à la fois.
Me revient en mémoire le titre d'un livre d'anticipation/science-fiction, que j'avais acheté il y a des lustres, uniquement à cause de son titre : « Horizon vertical ». Comme si tout était appelé à une éternelle montée.


La verticalité m’a toujours transcendé. Peut-être parce que j’ai du vivre à l’horizontale durant trois années après mon accident de santé. Et que se remettre vertical fut une totale reprise de vie. Vivre debout, droit et non plus affalé et immobile.

Un temps vertical rassemble tout, de l'avant, du pendant et de l'après de mon existence.
Ce temps éternel est accessible quand je le rejoins en moi dans ma verticalité d'homme. 

Je n’en dis pas plus.
Je voulais souligner l’impact en moi de l’expression.
Est-ce que cela rejoint quelqu'un d'autre que moi ?
Vous me direz éventuellement…

Une ouverture, une brèche vers l'infini dans la hauteur, quelque chose qui respire la fraicheur matinale prometteuse, voilà ce que m'a apporté : l'éternité est un temps vertical
C’est donc maintenant.

Aurai-je d'autres choses à en dire ? 

L'écoulement du temps ordinaire qui structure me le dira peut-être un jour…

vendredi 23 mars 2018

Concert

.

Cela vous laisserait avec quelle impression si un chanteur, auteur-compositeur, chantait rien que pour vous en vous regardant droit dans les yeux, à 1 m de vous ?
Je veux dire s'il s'agissait de quelqu'un qui  a vendu plus de trois millions de disques en solo et près de six millions avec un  groupe, et qui a également donné plus de 1 250 concerts ?
Ben voila : ce fut hier soir.

Cela fait quand même une belle surprise lorsque quelqu'un qui vous aime, vous téléphone il y a quatre jours et vous annonce :—  Ça te dirait un concert privé donné par Jean-Louis Aubert  ?
J’ai deux places pour toi et ton épouse !
Chance d'avoir des amis qui ont un sacré réseau relationnel.

Bécane à roulettes oblige, privilège de Zhandi, je me suis retrouvé au pied de la scène si tant est qu'on peut parler d'une scène, c'était plutôt un podium. Il y avait 200 personnes, autrement dit peanuts par rapport à un Zénith, dont Jean-Louis est adepte…


Jean-Louis Aubert, seul en scène avec sa petite guitare, ses boîtes à rythmes, les sons en boucle créés sur place, et son extraordinaire maîtrise de de tout cela, donne l'impression qu'il y avait quatre ou cinq musicos sur scène. Mais non il était tout seul !

Plus de deux heures et demi sans s'arrêter. 200 personnes chauffées à blanc. Ça déménage !
Intéressant aussi le dialogue avec le public, ses petites histoires, ses piques politiques, et la salle qui réclame telle ou telle chanson… Il a l'air heureux le Jean-Louis, il prend son pied, il improvise, fouille dans son carnet pour retourner des paroles d’une chanson qu’on lui réclame. Il fera durer 14 minutes le tube « ça se sent que c'est toi » On est tous déchaînés ! Mais il y eut aussi des chansons douces, du Barbara, du Rimbaud, un peu de poésie, de piano. Et puis il a quand même une énergie débordante…


Je découvre ce genre de concerts privés. Que du beau linge. Un réseau.  Faut-être introduit. Évidemment, c'est privé… tenue de soirée obligatoire, jeans interdits.
C'est bien un concert privé : ça commence à 20 heures, ça finit à deux heures du matin… parce qu'il y a l'apéro amélioré avant, puis concert, le repas après, et la piste de danse pour finir. Tout ça dans un ancien château.

Sur scène, Jean-Louis Aubert se déplace à peine. Il tourne autour de son micro.  De toute façon la scène est toute petite et à ses pieds il y a plein de boutons, de pédales, d'interrupteurs qu'il manie sans cesse pour varier les sons de sa guitare électrique et créer des sons tournants. Il ne s'est déplacé que deux fois. Et les deux fois c'était pour venir face à moi le Zhandi en fauteuil, à ses pieds sur le côté droit de la scène, plantant ses yeux dans les miens… ça doit être cela la ségrégation positive ! Mais non, il a ce sourire positif permanent comme il a avec tout le monde… 
N’empêche, c'était quand même sympa ! je l'ai ressenti (peut-être à tort)  comme une sorte de clin d'œil que je dédis « à tous les miens ».

Je ne peux pas vous mettre de photos du concert. C'était interdit d'en prendre. Bon, j'en ai pris quand même deux ou trois en douce avec mon téléphone, mais je me les garde pour moi. Respect pour le concept ! Pas plus que je ne vous dirai où ça se passait.

Enfin bref, une très belle soirée que je n'oublierai pas.





lundi 19 mars 2018

Chez Lakévio, lundi chaud !…






Saurez-vous raconter une petite historiette sur ce tableau coquin,
en cent mots exactement, pas un de plus, pas un de moins ?...

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Mon ami Pierrot regardait le clair de lune en son ciel de lit
Colombine avait dans son dos le nœud du problème
Lorsque le bas résille, que promet bien le haut ?

Dans sa main sa chandelle alanguie.
Ce n’est ni fait ni à fesse ! pensait Colombine :
—  «  Fait quelque chose au lieu d’être dans la lune ! »

Pierrot gémit : je n'ai plus de feu désormais…
Passe donc par la porte de derrière conseilla-t-elle. C'est ouvert.
J'aurais pas osé dit Pierrot.


Depuis,
Chaque soir Pierrot était sous Brett :

Souvent sexe varie
bien fol qui s’y fie.


(100 mots)

mercredi 14 mars 2018

Changement de regard

Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps, ou qui ont lu mes livres, n'ignorent pas la relation difficile avec mon frère de 10 ans mon aîné. Mon intention n'est pas de revenir sur l'histoire de cette relation aux ramifications complexes.
Cela faisait un an et demi environ que nous ne nous étions pas vus. Nous n'avons pas de contentieux entre nous aujourd'hui, ce n'est guère difficile puisque nous sommes distants. Mon frère est un homme de grande valeur, profondément droit, honnête, très intelligent, ayant un parcours professionnel remarquable, de précieux engagements caritatifs, et j'ajouterai fait de beaux enfants qui ont une vie plutôt heureuse, malgré les soucis et épreuves que tout un chacun traverse.

Mon frère et son épouse sont venus manger chez moi récemment, par l'intermédiaire de cette dernière qui a gentiment insisté pour que nous nous rencontrions. Elle n'a pas tort. Les années passent. J'ignore qui enterrera l'autre, mais cela viendra avant longtemps.

Il y a quelque chose de changé chez mon frère. D'ailleurs un de mes neveux me l'avait laissé  entendre. Il y a probablement quelque chose aussi de changé chez moi. Au moins une volonté de ma part de l'accueillir, comment dire… « autrement ». Je m'étais préparé. La bonne manière fut sans doute de me remettre dans les dynamismes que je vois en lui. En particulier son souci de la transmission familiale, de laisser trace de notre lignée dans des ouvrages documentés qu'il a rédigés. Je reconnais que j'en avais saisi la valeur en les lisant il y a quelques années. J’y ai découvert des évènements que j’ignorais.

Quand on se met à regarder avec les yeux du cœur celui que l'on a tant de mal à accueillir sensiblement parce que les douleurs de l'histoire ont laissé des cicatrices qui démangent encore, il arrive que l'on fasse l’expérience que ce qui ressemble à un petit miracle laïc.
Un regard plus ajusté transforme soi-même et diffuse quelque chose dans l'autre, si toutefois il s’ouvre à recevoir.
Ce fut le cas.
Les choses ne passent pas entre nous par le média de la parole intime qui dure ou du geste qui s'attarde. La distance respectable doit être respectée. Mon frère est pudique. En sa présence je le deviens. Cependant, lui comme moi, savons « faire la conversation ».

Pourtant, — était-ce le bon repas, le bon vin —, quelque chose s'est nouée à travers quelques paroles, quelques souvenirs, quelques affleurements d'émotion, quelques regards intenses, quand les yeux ne se dérobent pas.

Le lendemain, j'ai reçu un mail de sa part. Je ne me souvenais plus de la date du dernier qu'il avait pu m’envoyer et qui était sûrement conventionnel. Il me remerciait pour la très bonne journée de la veille, espérant que cela se renouvellerait. Si je n'avais pas été assis dans ma bécane à roulettes, j'en serais tombé sur le cul ! « Il remerciait » ! Un événement sans précédent…

Tout cela a l'apparence de pas grand-chose.

Et cependant…

lundi 12 mars 2018

3 femmes chez Lakevio

Les témoignages.


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J'ai plutôt pensé qu'il s'agissait de trois personnages en quête d'une histoire… et donc j'en ai rédigé une !

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« La mode illustrée »

Madame Aline Raymond dirigeait d'une main ferme  « La Mode Illustrée  — Journal de la famille contenant les dessins de mode les plus élégants et des modèles de travaux d'aiguille — beaux-arts  — chroniques — nouvelles — littérature etc. » ainsi que l'indiquait l'entête d'une manière aussi somptueuse que pompeuse.

Elle avait tout récemment installé ses bureaux 56 rue Jacob à Paris. Grande nouvelle s'il en était, Madame Raymond venait de décider de passer à la couleur les croquis de mode  dans son journal. C'était une révolution. Pour y parvenir elle avait dû céder aux sirènes de la « réclame » sinon elle n'aurait pu boucler son budget. Ah ! la réclame ! Passe encore pour la MIGRAININE, remède souverain du bon docteur Paquignon qui « garantissait la disparition instantanée des migraines » ; passe encore pour la pâte dentifrice des bénédictins de l’Abbaye de Soulac, qui supprimait les maux de dents tout aussi instantanément ; passe encore pour le Sunlimios de Harris qui redonnait très rapidement « couleur et jeunesse aux cheveux gris », ou les « dragées de croissance du Dr Thompson » ; mais alors, être obligée d'accepter des réclames contre la constipation, les dépuratifs et autres purgatifs, cela lui était insupportable !

Madame Aline Raymond examinait avec cet air  impavide et énigmatique qui la caractérisait, la proposition d'illustration en couleur  de deux toilettes de Madame Bréant-Castel,  magnifiques robes en voile garnies de broderies, l'une rouge et l'autre bleu. Madame Bréant-Castel se tenait derrière elle, faisant preuve d'une certaine audace consistant à oser poser ses mains sur les épaules de Madame Aline Raymond, comme si elles étaient des amies de toujours.


Emeline Raymond, la fille d'Aline, les regardait toutes les deux, le menton entre les mains. Elle ne disait rien, mais n'en pensait pas moins. Pour tout dire, elle détestait les manières de Madame Bréant-Castel, et ses dessins de mode qui n'avaient pas beaucoup d'allure. Son absence de maîtrise de la colorisation sautait aux yeux. Déjà que ses croquis en noir et blanc n'étaient pas à la hauteur du journal, là on arrivait à la limite du tolérable. Seulement voilà, elle semblait avoir charmé sa mère et c’était proprement insupportable. La Bréant-Castel en prenait à sa guise et il faudrait un jour que cela cesse. Cette femme allait une fois encore obtenir l'assentiment de sa mère. C’était absolument inadmissible, et ne faisait qu’ajouter aux griefs déjà nombreux que nourrissait Emeline à l’égard de sa mère.

Emeline enrageait depuis bien longtemps du manque de reconnaissance de sa mère envers elle, sous prétexte que cette dernière considérait que la rédaction de son feuilleton à épisodes « Aide toi le ciel t'aidera » —  que d'ailleurs elle ne lui autorisait même pas à signer de son nom —, n'était qu'un accessoire à la revue. Or, Emeline était convaincue que les histoires sentimentales qu'elle développait et le suspense qu'elle maintenait de numéro en numéro tenait en haleine un lectorat qui aurait pu très bien acheter une revue concurrente. Selon Emeline, sa mère se montrait trop passéiste. Objectivement ce n'était pas exact. La preuve, elle était l'une des premières à opter pour la couleur. Mais Emeline avait besoin de prétextes pour se masquer à elle-même la jalousie farouche qu’elle ressentait.

C'est d'ailleurs ce que pensait  Georges Lecornu, l'amant d'Emeline Raymond. Tous deux ourdissaient dans l'ombre quelques manœuvres subtiles  pour s'emparer du journal et évincer la vieille. Lecornu croyait jouer sur du velours puisque Emeline détestait sa mère. Par la suite il n’aurait aucun mal à se débarrasser de la fille et le tour serait joué.


Cet aigrefin oubliait cependant qu’Aline Raymond avait de l’expérience et du métier et qu’elle n’était pas dupe des manœuvres de l’amant de sa fille, et des ambitions de cette dernière. 

Madame Raymond mère laissa donc entrevoir à sa fille qu'elle recherchait un associé pour financer le développement du journal et lui demanda si par hasard elle connaissait quelqu'un. Emeline ne tarda pas à lui parler de Georges son amant. Madame mère se montra fort intéressée et conclut avec l'amant un accord par lequel ce dernier versait une somme rondelette en Louis d’or, seuls biens qu’il tenait ,parait-il, d’un oncle lointain, et Madame Raymond mère un montant équivalent en numéraire. L'ensemble fut déposé dans un coffre à la banque. Bien entendu chacun des protagonistes disposait d’un libre accès au coffre, chacun jouant le jeu d'une pseudo confiance accordée à l'autre. « La mode illustrée » était donc appelée à un bel avenir.


Assez rapidement, Aline Raymond se rendit à la banque, prit les louis d'or et déposa la contrepartie en numéraire dans le coffre avec un petit mot sympathique à l'attention de Georges l'amant attentionné mais néanmoins escroc. Georges se montra étonné. Après une explication certes alambiquée mais qu'il estima convaincante, les choses en restèrent là.

Quelques semaines plus tard, Aline Raymond saisit le moindre prétexte pour remettre en cause leur accord, affirmant qu'elle voulait se séparer de Georges et que c'était une erreur d'avoir conclu un pacte avec lui. Cependant, pour reconnaître ses torts, elle accepta de laisser à Georges la totalité du contenu du coffre à titre de dédommagement.

Tout cela fut la goutte qui fit déborder le vase de sa fille Emeline. Du jour au lendemain elle cessa de rédiger son feuilleton « Aide toi le ciel t'aidera », et partit avec son amant et le paquet d'argent pour un pays lointain.

Il semblerait que c'est en voulant changer l'argent pour la monnaie locale du pays de destination que leur nouvelle banque constata que l'ensemble du numéraire était des faux billets. Ceux-ci avait été fabriqués avec une parfaite maîtrise et beaucoup de technicité par Madame Bréant-Castel, qui continua de faire des croquis de mode pour Aline Raymond et noua avec elle une relation quelque peu trouble.

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(1) Le Journal, son contenu, le feuilleton,  les réclames, et les personnes citées, sont authentiques — L’histoire est fictive….


mardi 6 mars 2018

Marchands de bonheur ?

Tout temps gagné grâce à la vitesse n’est pas utilisable pour le bonheur.
Cette phrase  me parle beaucoup. Elle est de ces phrases que l'on aimerait avoir trouvé soi-même, tant il est dit en peu de mots un essentiel.

Cela m'a rappelé une de mes meilleures notes en dissertation, au temps de ma jeune jeunesse,
où Il fallait commenter le chapitre 23 du Petit Prince : l’homme aux pilules qui étanchent la soif et font gagner 53 minutes par semaine :
— « Moi, se dit le petit prince, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine… »

Tout faire plus vite pour gagner du temps. Le temps c'est de l'argent. Les financiers ont colonisé le monde du travail (patrons compris), obligé de rechercher constamment « des gains de productivité financière » Nous devrions ainsi accéder à des gains de bonheur.

Sauf que le bonheur ne se fabrique pas dans des manufactures à bonheur.
Et cependant, je me demande souvent d'où vient cette propension d'y croire. 
Bien sûr la publicité nous fait à longueur d'année la promesse du bonheur par la possession du superflu, de l'inutile et de l'accessoire. Mais pourquoi cela fonctionne autant ?
Pourquoi recommence-t-on sans cesse alors qu'on est à chaque fois déçu ? 
Pourquoi une famille modeste, dans le papa est au chômage, et maman exploitée comme aide-soignante, contracte un crédit de 3000 € à Cofidis remboursable en 48 mois, pour s'acheter ce luxueux canapé cuir pleine fleur à « Cuir-Center », que le gosse va rayer allègrement avec son jean et s'en prendre une dans la tronche ? Et au final ils passeront en commission de surendettement. (cas réel).  

Le bonheur est dans le selfie. Vite un clic. Vite l'envoyer sur un rézogogo. Vite le regarder. Vite le jeter.
 Twitte again ! 
C'est ça le bonheur ? Ou est-ce nous qui collectivement amenons à ce point critique une société dans laquelle nous essayons de vivre ?


Peut-être que je commence à comprendre pourquoi, de plus en plus, je me déleste de beaucoup de choses matérielles, encombrantes, en ce compris des objets affectifs décontaminés et donc n'émettant plus aucune onde.
Je commence à comprendre pourquoi je vis une certaine jubilation à cela. Pourquoi je me sens plus aéré, plus libre, et pour une part plus heureux.

L'aisance matérielle (forcément relative) qui est la mienne aujourd'hui, me fait parfois regretter le côté spartiate de mon enfance, en particulier à la campagne. Ce temps où l'on découvrait le plaisir de l'attente.  Le jouet convoité on l’aurait à Noël prochain. De longs mois d’attente permettaient d’ouvrir ma boîte à rêves, mon jeu de construction intérieure pour m’inventer mille et une histoires que je mettais en œuvre concrètement. Sans ledit jouet.
Devenait-il encore nécessaire ?

Peut-être qu'en ce temps-là, et sans le savoir, je découvrais ce qu'il en était du bonheur intérieur. Celui qui nous vient d’ailleurs, là où il n'y a rien à acheter. Peut-être est-il là le secret de l'être humain. Que lui soit offert la possibilité d'accéder au bonheur par l'intérieur. Gratis.
 Comme une bienfaisance, non réductible à sa propre personne, mais suscité des profondeurs de l’âme. Un don venu d'on ne sait où, qui ne nous appartient pas.  Nous ne sommes que les fragiles dépositaires. En la matière rient ne peut s’acheter ni se vendre. 
Il s’agit moins de détachement que d’attachement à l’essentiel.


Le bonheur est une sensation fragile que l'on cultive avec une goutte de pluie et la douce brise de notre haleine. 

Désolation ultime du marchand d’illusions : 

— Nous n'avons pas ça en magasin !

lundi 5 mars 2018

Message urgent (Lundi de Lakevio)





 En lieu et place du devoir "La lettre"...
ENVOYEZ UN TELEGRAMME - STOP


Vous pouvez l'écrire seul ou l'inclure dans une histoire. A vous de décider.




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Message urgent

Il faut bien dire les choses pour ce qu'elles sont, Gustave en avait raz le chapeau claque d'être obligé de déposer  sa sœur Émilienne  une fois encore au bureau de poste, au prétexte qu'elle avait un télégramme urgent à expédier. Quelle urgence pouvait bien se présenter à une femme dilettante comme Émilienne, dont la principale préoccupation était de savoir si son chapeau à fleurs violettes, et plumes de gallinacé neurasthénique, s'accommodait suffisamment à sa robe noire.

— Je ne peux quand même pas mettre une robe rouge alors que je suis encore en deuil de mon défunt mari ! déclarait-t-elle, prétendant par ailleurs que ces fleurs d’un violet cardinalesque, coïncidaient parfaitement avec la période de deuil.

Depuis que son beau-frère était décédé, Gustave était obligé de jouer les chaperons auprès de sa sœur, assumant le rôle de gardien de sa vertu depuis longtemps perdue. En effet, sur son lit de mort sa mère lui avait déclaré : 
— Surtout, tu prendras bien soin de ta sœur.
Alors il s'exécutait par fidélité, puisqu'il avait commis l'erreur de répondre oui.

Elle en mettait du temps à rédiger son télégramme. Gustave espérait qu'elle ne racontait pas sa vie, sinon cela allait encore leur coûter les yeux de la tête, vu qu'une fois de plus le prix du mot avait augmenté. Mais Gustave était un homme de bonté. Il avait toujours protégé sa sœur quand ils étaient petits. Filament il ne faisait que continuer. Et puis, le deuil de son mari semblait affecter si profondément Émilienne. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle se mit à pleurer dès lors qu'elle apercevait son frère, cachant pudiquement son visage et ses yeux, qu'elle avait d'ailleurs fort jolis, derrière un mouchoir en dentelle de soie.

Émilienne, penchée, sur l'écritoire du bureau de poste, cherchait ses mots avec soin. Il ne convenait pas d'en mettre beaucoup, vu le prix. De plus il fallait être suffisamment précis tout en restant allusif. On savait bien que le facteur qui portait les télégrammes à domicile avait une fâcheuse tendance à les lire, et dieu sait ce qu'il était capable de colporter au bistrot du village.

Elle se décida, et écrivit ce qui suit à l'adresse de son amant :

Venir plutôt jeudi — stop — Fin du deuil — stop — Vous ouvrirez ma clôture — stop — Apportez vos pruneaux — stop — Tendres melons pour vous — stop — Emiliennement vôtre.


Emilienne remit le télégramme à la Préposée du guichet avec un grand sourire, non sans avoir préalablement vérifié qu'elle ne pouvait être vue de son frère Gustave.

vendredi 2 mars 2018

Belle illustration !

En publiant mon billet hier, je ne m'attendais pas à recevoir une très belle illustration de ce que j'écrivais : à savoir une lettre personnalisée de mon grand ami Laurent Wauquiez, envers qui, vous vous en doutez certainement, j'ai une admiration sans borne.

Laurent Wauquiez (celui qu’entre nous, ses potes qui le soutenons à mort, appelons Laurent  Wouzenferachier) m'a donc écrit personnellement, car il s'entraîne, en vue des prochaines présidentielles, à peaufiner sa langue de bois pour raquer un maximum d’électeurs gogos.

Il était temps d’ailleurs qu’il se reprenne, parce que vouloir parler aux jeunes quand on est  un débris de l'ancienne génération politique insultante, ça ne fait le buzz 48 heures grands maximum, et après ça retombe comme les Ripouxblicains qui se fusillent entre-eux. Donc, mon Lolo, je t’en prie, retour illico à la bonne vieille langue de bois qui a fait ses preuves depuis des décennies.

Mon Wauchiez chéri s'est donc inspiré de mes conseils judicieux pour rédiger sa bafouille que vous pourrez lire ci dessous.
Vous ne manquerez pas d’observer qu'il a souligné les « éléments de langage » (c'est le meilleur terme qu'on ait trouvé pour remplacer une autre formule qui était un peu longue à savoir : « si vous ne croyez pas celle-là, je peux vous en raconter une autre »).

Ainsi fleurent bon des expressions telles que : « l'espoir de notre renouvellement ; défendre les valeurs ; pour combattre ; pour réagir ; pour proposer une nouvelle ambiance collective ; pour rassembler toute notre famille ; le plus rapidement possible ; il en va de l'avenir de notre pays ; faisant renaître l'espoir à droite, etc.… ah j'allais oublier : combattre l'intégrisme islamique… quoi que ce dernier terme ne soit pas suffisamment langue de pute. Trop ciblé !

Soulignant quelques fleurons :
— relever le drapeau et montrer aux Français que nous sommes bien là
— engager le renouveau et construire dans une démarche collective
– le courage de dire et surtout de faire.

Et je terminerai avec l'essentiel : nous avons besoin de vous, mais si Messie, c'est-à-dire de votre fric, verser un max, sinon on va pas s'en sortir, puisque Fillon est parti avec la caisse…

Voila voila !
Je suis bien content d'être un super pote à Laurent Wauchiez. Sûrement qu'il a eu mon adresse par un vieux mitterrandien qui a viré sa cutie.

Je suis super content aussi qui lise mon blog est qu'il ait apprécié mon billet d'hier, qui montre le parfait exemple de ce qu'il faut faire. Et d’ailleurs il l’a fait ! Grand fou, va !

Vas y Laurent, mon chéri, toi, le sauveur de la France au nom du Sacré-Cœur, vas y mon Lolo, nique tous les Français et les Françaises bien profonds, ils t’en seront à jamais reconnaissant du fondement.


Surtout, Lolo, ne lâche rien !


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jeudi 1 mars 2018

L'essentiel du discours essentiel.

Blogueuses, blogueurs, mes chers compatriotes, mes camarades, mes amies, mes chers collègues, mon Poteau, Monsieur le curé, ma sœur,

Vous n'êtes pas sans ignorer, et je n'ignore pas moi-même, qu'un certain nombre d'entre vous (ne niez pas l'évidence !)  avez des ambitions dignes de votre personnalité au caractère trempé dans le pot de Nutella, à savoir  l'envie de faire de la politique, ne serait-ce qu'à temps partiel du moment que c'est bien payé, pour concourir au progrès inestimable de la nation française, qui figure parmi les fleurons incontestables et incontestés des pays en voie d'accès au bonheur suprême, promis à tout un chacun, et qui ne va pas tarder d'arriver, grâce à votre dévouement pour la cause générale, que vous allez mettre en œuvre pour le bien de tous.
(respiration)

C’est pourquoi, je tiens à vous faire partager mon expérience poussée aux sommets les plus inatteignables, de la chose politicade, que j'ai eu le privilège de développer dès mon plus jeune âge, aussi, et parce que je vous considère comme des êtres d'exception, je vous livre ici quelques-uns de mes secrets et en particulier les « fragments du discours langue de bois », que j'ai rédigés pour vous à l'instar des « fragments du discours amoureux » et nécessairement creux, mis au point il y a belle lurette par Roland Barthes.
(re-respiration)

En conséquence voici, rien que pour vous, des éléments de langue de bois des îles polie à la varlope, cirés avec mes pompes, que vous pourrez servir et resservir en toutes circonstances, devant n'importe qui, même n’importe quand, et qui vous vaudront à coup sûr les suffrages des électeurs, babas d'admiration rien quand vous écoutant.

Voici donc :
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(Public de « responsables »)
  Mesdames, Messieurs, l'acuité des problèmes de la vie quotidienne doit prendre en compte les préoccupations de la population de base dans l'élaboration de solutions rapides correspondant aux grands axes sociaux prioritaires.
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(version public plus diversifié)
 Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière, que vous soyez jeunes ou âgés, entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l'élaboration d'une restructuration dans laquelle chacun pourra enfin retrouver sa dignité.
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(variante possible)
  Par ailleurs, c'est en toute connaissance de cause que je peux affirmer aujourd'hui que l'acuité des problèmes de la vie quotidienne entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l'élaboration d'un plan correspondant véritablement aux exigences légitimes de chacun.
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(version public « râleur »)
  J'ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?) défendu l'idée que l'acuité des problèmes de la vie quotidienne a pour conséquence obligatoire l'urgente nécessité d'un avenir s'orientant vers plus de progrès et plus de justice.
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(versions public « social »)  
Et ce n'est certainement pas vous, mes chers compatriotes, qui me contredirez si je vous dis que l'effort prioritaire en faveur du statut précaire des exclus conforte mon désir incontestable d'aller dans le sens d'un programme plus humain, plus fraternel et plus juste.

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Pour obtenir l'intégralité de mon excellent ouvrage, et pour la somme modique de 200 €, prière de m'envoyer les coordonnées de votre carte bancaire sans oublier le code à trois chiffres figurant au verso.