lundi 16 avril 2018

Histoire d'une bergère



Cette semaine, chez Lakevio, deux histoires pour le prix d'une seule.

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Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?... (Lamartine)

Thèse, antithèse ou j'aime/je n'aime pas. Pour ET contre, noir ET blanc.

Ce fauteuil doit vous inspirer deux (courts) textes, avec des points de vue différents : un positif, un négatif. 



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TEXTE 1

Le fauteuil jaune de Madame  Etsuko 悦子 (dans le patronyme, comme chacun sait, signifie délicieuse enfant du plaisir), avaient longtemps fait la réputation de «la lande aux roseaux»  (吉原), petit établissement aux spécialités très prisées par ces messieurs. Un jeu de mot avec le kanji yoshi donnait à la maison le sens de "lande de la bonne fortune", et chacun comprenait de quoi il s'agissait.

Les courtisanes les plus expérimentées connaissaient parfaitement la manière de prodiguer des fausses preuves d'amour au client. L'offrande se faisait toujours dans le fauteuil jaune. Il s'agissait, selon la coutume, de s'arracher un ongle pour l'offrir au client exigeant. Souffrir physiquement pour prouver son amour répondait à la tradition. Pour pallier à cette offrande extrêmement douloureuse,  les courtisanes, qui n'avaient jamais que 10 ongles à offrir,…  découpaient un faux ongle dans une plume de corbeau qu'elles enduisaient de sang, avant de maquiller leur doigt de manière à ce que le client n'y voit que du feu. (*)
En partant, les clients les plus satisfaits, laissaient sur le fauteuil jaune leur portrait en photo, et inscrivaient au verso un haïku, généralement érotique.

(*) Historiquement authentique
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TEXTE 2


Mgr Dupanloup-de-Garenne, archevêque de son état, officiait dans l'archidiocèse de Tours les Dijon. Le prélat avait le plus grand attachement à la bergère jaune qui lui fut offerte par la révérende mère Alma de Pastagas de Jésus, supérieure de la Congrégation du Saint Prépuce.(**)

C’était un fauteuil du XVIIè siècle, en acajou massif, recouvert d'une soierie délicate, spécialement tissée pour l'archevêque par les moniales les plus expertes et les plus priantes, de manière à être en parfaite harmonie avec les chaussettes de Monseigneur. C'est dire si l'archevêque était reconnaissant de cette délicatesse à son endroit.


En outre, et selon une légende canonique, ledit fauteuil avait été témoin de plusieurs miracles. Dès lors, notre archevêque, chaque fois qu'il posait son séant sur la soierie délicate du coussin,  se laissait emporter vers les plaisirs les plus subtils que peut procurer une bergère à ce point généreuse et sanctifiée. Proche de l’extase mystique, il se considérait déjà l’Élu Divin, qui bientôt dirigerait   « Le Saint-Siège »… à miracles.

(**)  PAS historiquement authentique

14 commentaires:

  1. C'est délicieusement suggestif tout ça...historique ou pas.
    Je me permets de préférer les japoniaiseries aux bondieuseries... ;-)
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Tu n'aimes pas les chaussettes cardinalices ?
      ;-)

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  2. j'aime bien tes petits textes de fiction... ils vont toujours vers l'ironie parfois cinglante, parfois bon enfant!

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    1. Je me délecte en les écrivant. C'est un plaisir très narcissique !

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  3. voilà deux situations diablement opposées :-)

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  4. Donc, pour un fauteuil semblable les séants ne sont pas les mêmes... idem les plaisirs !
    Je me suis régalée, comme d'habitude, avec l'historique et le "pas historique". C'est vrai quoi, les chaussettes cardinalices ne sont pas jaunes !... :)

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    1. Le côté historique je l'ai trouvé en cherchant un nom japonais crédible. Ça donne quand même à réfléchir…

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  5. J'ai adoré les références, tant nipponnes que vaticanes ! et je me régale de tes impertinences (je suis une rescapée des Ursulines !)

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    1. Si tu es rescapée… c'est le principal !

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  6. M'enfin ? les deux textes sont positifs ? Et positivement drôles !

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    1. L'important est que les protagonistes trouvent leur plaisir tarifé dans le premier texte
      et que Mgr trouve « un consolant » (terme ecclésiastique) dans le deuxième…

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  7. J'adore les noms que tu donnes à tes personnages. :)
    Et je trouve les deux textes positifs également. Ou alors le négatif est le premier à cause de l'histoire authentique qui me fait frémir.

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    1. J'ai frémi également. Il s'agit de pratiques nipponnes remontant à plusieurs siècles…

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